Una mujer fantástica : femme transgenre à Santiago

Cet article a initialement été publié dans le cadre de la Berlinale, le 17 février 2017.

La « mujer fantástica », femme fantastique du titre, est transgenre. Marina (Daniela Vega) vit en couple avec un homme plus âgé, Orlando, qui a quitté femme et famille un an auparavant. Les deux amants semblent vivre une passion simple et heureuse. Mais dès les quinze premières minutes du film, Orlando est victime d’une attaque et meurt une fois arrivé à l’hôpital. Dès lors, Marina se trouve confrontée aux préjugés, à la violence et au rejet de la bonne société. Selon le Chilien Sebastián Lelio (déjà en compétition à la Berlinale en 2013 avec Gloria), la classe moyenne de Santiago n’est pas si moderne et ouverte que ça quand une personne sort des clous de la dualité homme/femme traditionnelle…

Suspectée d’être prostituée à l’hôpital, puis traitée comme un bête de foire par l’institution policière, Marina est expulsée de l’appartement où elle venait d’emménager par la famille de son défunt compagnon. Elle n’a même pas le temps de pleurer son amour disparu qu’elle se voit confrontée à un parcours du combattant – qu’elle traverse évidemment la tête haute, jamais vraiment tout à fait abattue. Comme la Félicité du film d’Alain Gomis présenté quelques jours plus tôt dans la compétition berlinoise, l’héroïne de Sebastián Lelio est chanteuse en plus de son job de serveuse. Le film s’ouvre sur l’une de ses prestations – robe courte et roulement de hanches – dans un bar de musique latino. À la fin, c’est en tailleur pantalon et droite comme un “i” que Marina chante sur la scène d’un concert lyrique. Autre point commun avec le film de Gomis, Leilo intercale des images poétiques et irréelles au fil de son récit : un beau plan de Marina dans la rue, son corps penché dans une diagonale impossible face au vent et à des bourrasques de feuilles mortes ; quelques images de danse collective, façon comédie musicale, au milieu d’une scène de discothèque ; et des apparitions de l’amoureux défunt.

En plus de la qualité des images, le tour de force du film réside dans l’exploration, par petites touches, d’une multiplicité de personnages de femmes et de la complexité de leurs relations avec Marina. L’ex-épouse du défunt, par exemple, se montre plutôt ignoble. Mais en la présentant comme une quinquagénaire délaissée par son mari du jour au lendemain pour une femme deux fois plus jeune qu’elle, Leilo lui donne plus d’épaisseur et d’ambiguïté. Autre figure inattendue, la commissaire de police. Elle se présente comme une fonctionnaire consciencieuse dont la mission est de protéger les femmes transgenres souvent victimes d’abus dit-elle, avant de dévoiler un voyeurisme malsain. Marina rencontre aussi sur son chemin de croix des femmes en empathie avec son malheur mais indifférentes à sa différence – ses collègues, sa sœur, ou tout simplement des serveuses et des caissières sur les visages desquelles Leilo prend le temps de s’arrêter. Les personnages masculins ne sont pas en reste : le beau-frère, le vieux professeur de piano, ou même le frère du compagnon (joué par Luis Gnecco, le Neruda du film éponyme de Pablo Larrain). Ces trois personnages n’ont manifestement aucun problème avec l’identité de Marina et la soutiennent comme ils peuvent, même maladroitement.

Il y a quatre ans, Paulina Garcia avait été récompensée du prix d’interprétation féminine pour sa performance dans Gloria – qui faisait déjà le portrait d’une femme en crise. Una mujer fantástica a toutes ses chances de remporter un prix cette année.

Una mujer fantástica de Sebastián Lelio. Avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco… Durée : 1h44. Découvert au Festival de Berlin 2017. Distributeur  Ad Vitam. Sortie en salles : 12 juillet 2017.

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