Arte s’ouvre à nouveau à l’anticipation avec TRANSFERTS

« En France, la série d’anticipation n’existe pas« . Avec ces mots, directs, sans concession, les créateurs de Transferts mettent le monde de l’audiovisuel français face à ses réalités. Si la frilosité du genre a toujours existé, les choses sont heureusement en train de changer, et l’arrivée conjointe de Missions (OCS) et Transferts (ARTE) apparaît comme une vraie lueur d’espoir.

On ne peut donc que remercier le Festival Séries Mania de jouer la carte de l’ouverture en programmant ces deux nouveautés françaises. Missions nous a déjà convaincus il y a quelques jours. Transferts se devait donc d’être à la hauteur. Heureusement, comme ses créateurs nous l’ont rapidement annoncé, leur bébé est à l’exact opposé de la nouvelle née d’OCS. Exit les effets spéciaux, le visuel ébouriffant et la science-fiction tous azimuts. Transferts joue la carte de la sobriété et de la dénonciation. Voyez plutôt : dans un futur (très) proche, des scientifiques ont mis au point un procédé stupéfiant pour prolonger la vie humaine : déplacer la conscience d’une personne mourante dans le corps d’un autre individu en mort cérébrale. D’abord autorisée, cette pratique fut rapidement interdite après une vague de transferts illégaux. Et comment réagir lorsque des personnes, qu’elles soient criminelles ou qu’elles cherchent juste à fuir leurs vies, envahissent et volent d’autres corps sans aucune légalité ? Par le vecteur préféré des œuvres d’anticipation : la répression.

C’est donc dans un quasi-état policier que la nouvelle série d’ARTE nous propulse. Une brigade toute puissante, la BATI, règne en maître et instaure un climat de terreur (pour les uns) et de sécurité (pour les autres). Mais la frontière entre les deux peut être bien mince… À travers cette institution aberrante pour un spectateur de 2017, Claude Scasso et Patrick Benedek nous renvoient à une période peu glorieuse de notre histoire. Les Transférés, ces nouveaux pestiférés, se retrouvent traqués, recueillis, dénoncés, marqués d’une marque indélébile sur le bras. La symbolique est trop forte. Tout, même les plus grosses erreurs, pourrait donc être cyclique ?  Le monde pourrait-il de nouveau mal tourner avec l’apparition d’un présupposé ennemi commun ? L’idée est en elle-même terrifiante. D’autant plus qu’elle fait son apparition quelques semaines après la découverte de camps d’enfermement pour homosexuels en Tchétchénie. Voir des êtres humains pourchassés pour ce qu’ils sont fait d’autant plus froid dans le dos dans les conditions actuelles. Comme un relent d’horreur qu’on ne pensait plus susceptible de se produire.

Transferts ARTE Plus que jamais, se moquer des apparences.

D’entrée de jeu, Transferts fait donc honneur à son titre de série d’anticipation, laissant planer de nombreuses questions quant à l’existence ou non de l’âme (et donc, a fortiori, de Dieu ?). Les points de vue s’échangent, se heurtent et se fracassent pour notre plus grand plaisir, que ce soit sur les terrains de la science, de la religion ou simplement de l’humain. Que la technologie le permette signifie-t-il que la pratique soit raisonnable ? Que les Transférés puissent être dangereux est-il suffisant pour les traquer et déclencher une telle haine généralisée ? L’homme qu’on aimait est-il le même après avoir été transféré ? Tant de questions passionnantes qui font oublier quelques défauts gênants mais jamais handicapants, l’interprétation balbutiante et l’aspect très « série policière » de l’ensemble en tête. En deux épisodes (sur six), Transferts met déjà en place un univers aux possibilités foisonnantes. Selon leurs propres dires, Claude Scasso et Patrick Benedek semblent avoir suffisamment de matière sous le coude pour de nouvelles fournées d’épisodes. Si les quatre qui nous manquent confirment la tendance, ARTE pourrait avoir trouvé la série d’anticipation qui fera oublier Trepalium.

Transferts, créée par Claude Scasso et Patrick Benedek. Avec Arieh Worthalter, Brune Renault, Toinette Laquière, Thierry Frémont et Edith Scob. Anticipation. Réalisée par Olivier Guignard et Antoine Charreyton. Diffusion prévue à l’automne 2017 sur ARTE. Découverte au Festival Séries Mania 2017.

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