The Strangers : à qui se fier ?

the-strangersLe Festival Ciné-Rebelle vous invite à une session de rattrapage le samedi 24 mars 2018 au cinéma Les Lumières (Nanterre). Une occasion pour découvrir ce film présenté à Cannes hors compétition en 2016 et réalisé par Na Hong-jin, également auteur de The Chaser (2009) et The Murderer (2011)

The Strangers s’ouvre sur une citation de la Bible : « Saisis de crainte et même de terreur, ils croyaient voir un fantôme. Mais Jésus leur dit : Pourquoi êtes-vous troublés ? Pourquoi ces doutes dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi. Touchez et voyez, un fantôme n’a ni chair no os, contrairement à moi vous pouvez le constater. ». Il est facile d’oublier ce détail pendant la majeure partie du film, mais à un certain point dans le déroulement de l’intrigue, le rôle de cette citation devient très clair. Nimbé dans sa métaphore religieuse prophétique, The Strangers surmonte sa longue durée et son déséquilibre de tons pour nous livrer une histoire souvent drôle et vraiment terrifiante.

Quand un Japonais mystérieux emménage tout près d’un village en Corée du Sud, le petit bourg de montagne est alors tourmenté par la maladie. La police pense qu’un champignon sauvage est à blâmer, mais le policier Jong-Goo suppose qu’il y a peut-être un rapport avec le vieil étranger. Par la suite Jong-Goo rencontre une femme qui lui donne quelques informations sur cet ermite mystérieux et il commence à s’engouffrer dans une affaire étrange qui prend une tournure personnelle lorsque sa fille commence à montrer des signes de la maladie. A qui se fier, de qui se méfier alors ?

Genres en métamorphose

Parfois le mélange de genres qu’instaure le réalisateur fonctionne parfaitement, mais à d’autres moments on a l’impression qu’il y a une lutte entre deux tons pour garder l’ensemble cohérent. Pendant le premier tiers du long-métrage, humour et violence s’entrelacent dans une valse des genre entre polar, fantastique et comique. Dans ce contexte horrifique, la comédie est efficace et arrive même à nous arracher quelques sourires à plusieurs reprises. Ainsi, quand les images terrifiantes interviennent, leur impact n’en est que plus puissant. Mais ce bon équilibre se perd dans le deuxième acte. La comédie tire étonnamment vers le burlesque, créant un décalage parfois déstabilisant. Par conséquent, on peut assister à quelques moments d’humour involontaire, comme lorsque l’on voit un homme qui se fait frapper par la foudre à deux reprises en l’espace de quelques secondes. Malgré ces quelques défauts, ce deuxième acte possède des points forts. L’arc narratif du père, déterminé plus que tout a trouvé une résolution au problème de sa fille en développant la terreur et la haine, permet d’offrir un personnage intense que le film porte à merveille jusqu’à la fin. Il y a aussi l’apparition efficace d’un prêtre chrétien en formation, car ce personnage apporte une innocence à la terreur qui arrivera à la fin du film et à laquelle il sera directement confronté dans un spectaculaire face à face avec le diable lui-même. Mais n’oublions surtout pas de mentionner la fille du personnage principal qui apparaît comme une version coréenne de Linda Blair dans The Exorcist.

Une conclusion terrifiante

Heureusement The Strangers retrouve un bon équilibre dans le troisième acte. En termes d’horreur, c’est vraiment cette dernière partie qui marque les esprits. Car c’est ici que toute l’intrigue commence à s’éclaircir, pour offrir aux spectateurs  une nouvelle perception du reste du film tout en les invitant à revisiter les scènes passées. Certaines d’entre elles trouvent en effet leur signification une fois le film terminé. C’est par la possibilité de cette introspection et de cette réflexion a posteriori que le film brille vraiment. En dévoilant lentement la nature réelle de certains personnages, les 45 dernières minutes du film changeront votre perspective sur l’ensemble du long métrage et vous donneront envie de le revoir pour (essayer de) percer les mystères de ses personnages. Durant ces quelques minutes, vous changerez de côté en essayant de déterminer à qui vouer sa confiance (comme le personnage principal). C’est seulement après le twist final que l’on se rend compte à quel point le scénario a été travaillé pour en arriver là. Ce twist nous fait percevoir l’ensemble du film comme un avertissement, il nous interroge sur notre façon de déterminer à qui accorder notre confiance. C’est ainsi que le titre The Strangers prend tout son sens car la nature humaine aura toujours tendance à se méfier des inconnus…

Ce film, surprenant, inattendu, a tout pour devenir un futur classique du genre, en surpassant la globalité de la production horrifique – même américaine. The Strangers s’impose donc en parfait héritier de The Exorcist de William Friedkin.

Théo Iasci et Xavier Mercier (étudiants programmateurs Festival Ciné-Rebelle 2018)

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