The Marvelous Mrs. Maisel : La Grande Rupture

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La nouvelle série de la créatrice de Gilmore Girls relate le lancement de la carrière d’une des premières comiques de stand-up féminin, qui décide de prendre la place de son mari sur une scène locale à Manhattan. Une émancipation pour son héroïne comme pour sa créatrice.

Face à des journalistes américains en 2013, Amy Sherman-Palladino exprimait un aveu de faiblesse : « Je suis une vieille fille fatiguée, je fais ce dont j’ai l’habitude. Je sais ce que je suis, mais la télévision a changé. » La créatrice de Gilmore Girls a du mal à adapter ce que l’on peut définir comme une formule – séries autour de femmes indépendantes, de romance avec des dialogues supersoniques et vifs bardés de références pop – face à de séries plus sombres, réalistes ou sophistiquées. Après l’échec de Bunheads – diffusé discrètement sur OCS en France –, elle se frotte à la série d’époque avec The Marvelous Mrs. Maisel. Ou l’histoire – fictive – de Midge Maisel, femme de l’Upper West Side à la vie très aisée et parfaite, qui décide d’utiliser le stand-up comme exutoire après une séparation inattendue et houleuse avec un un mari adultère. Le tout dans le Manhattan de 1958.

Pour les aficionados de Gilmore Girls, le changement peut être en trompe-l’œil. Stars Hollow possédait le charme désuet et l’expression orale de l’Amérique d’après-guerre, et si The Marvelous Mrs. Maisel  fait le bond dans une grande métropole – une première pour Sherman-Palladino –, les personnages aux névroses spécifiques appartiennent plus au cinéma hollywoodien des années 1950 qu’à la première saison de Mad Men – qui se déroule à peine deux ans plus tard. La familiarité est aussi dans le carcan qu’elle présente : les pressions familiales pour garder le mariage intact se font intenses et le père de Midge, le professeur Abe (Tony Shalhoub, alias Adrien Monk), place la faute sur Midge, et le fait qu’elle n’ait pas choisi un « mari fort ». Le divorce est vu par la haute société de Manhattan comme un échec, à la suite duquel la femme doit reprendre pied rapidement avec un nouveau prétendant, riche si possible. En somme, rien de bien novateur dans le propos par rapport à d’autres films ou séries… A ceci près que Sherman-Palladino nous balade dans un Manhattan richement décoré et un appartement luxueux pour de longues joutes verbales en plans-séquences. Un ballet ininterrompu de mots qui remplace l’habituel ping-pong du champ-contrechamp de Bunheads et Gilmore Girls : en accueillant la rare employée de bar qui soutient la carrière inattendue de Midge, la caméra nous fait visiter les couloirs labyrinthiques et luxueux de l’appartement. Et lorsque les tensions s’accumulent, Palladino utilise les splendides décors pour disperser Maisel et ses parents, et multiplier les réactions désespérées en parallèle.

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Lorelai Gimore vs Midge Maisel : deux tornades made in Palladino

La recette palladinienne de la femme « à grande gueule », la tête bien sur les épaules, sied cette fois-ci à une révélation : Rachel Brosnahan (House of Cards). Contrairement à Lauren Graham de Gilmore Girls et Sutton Foster de Bunheads, l’actrice n’a pas de formation comique à part entière… Ce qu’elle compense par une énergie féroce et un sens du timing dément, jamais plus évident que durant les scènes avec son mari, Joel (Michael Zegen), ou pendant son introduction inopinée à la scène libre (open mic) dans le cadre d’un équivalent fictif du Comedy Cellar. Une séquence qui capture mieux le stress et l’adrénaline d’enchaîner vanne sur vanne face à des inconnus – la plupart desquels sont prompts à répondre – que bien des séries actuelles. Si The Marvelous Mrs. Maisel avance mécaniquement, à travers des séquences où les personnages n’hésitent pas à parler pour ne rien dire, Brosnahan en Mrs. Maisel est lancée telle une locomotive à travers la série, mue par une quête perpétuelle de perfection, aussi motivée que son personnage. En d’autres termes, une Palladino girl pur sucre : prête à tout, le meilleur comme le pire.

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Mrs Maisel : un rôle en or pour la merveilleuse Rachel Brosnahan

À l’heure où les séries Amazon traversent une crise d’identité et flirtent davantage avec le blockbuster fantastique pour attirer les fans de genre, The Marvelous Mrs. Maisel appartient à une génération désuète, qui va cajoler les amateurs de friandises douces-amères. La série fait gage d’authenticité en casant les comiques et références les plus populaires de l’époque, comme Bob Newhart, plus tard vedette d’une des sitcoms les plus longues et suivies de l’histoire de la télé américaine, Newhart. Mais Mrs. Maisel est, elle, un personnage créé de toutes pièces. Le comique de stand-up a l’inconvénient d’être oublié, et de rester, à travers les époques, un spectacle désespérément masculin. La prise de voix de Midge a peut-être fait écho à des générations futures et rend hommage à l’entourage d’Amy Sherman-Palladino, qui a grandi dans un environnement proche des stand-ups des années 1960 (dont Lenny Bruce, qui apparaît en rôle principal dans la série)…. Mais le parcours de son héroïne n’en reste pas moins factice. Si elle ne manque pas de bagout, la série apporte en outre moins de perspective que la peu vue I’m Dying Up Here, qui braque les projecteurs sur une comédienne aussi fictive (Cassie Heder) que Maisel… mais qui s’inspire de plusieurs véritables comédiennes des années 1970. Il n’empêche : après sa mini-série Gilmore Girls : A Year in a Life, Sherman-Palladino semble décidée à passer la vitesse supérieure dans son style… avec clins d’oeil appuyés aux libertés permises par les plateformes SVOD sur abonnement.

Série créée par Amy Sherman-Palladino. Avec : Rachel Brosnahan, Michael Zegen, Alex Borstein, Tony Shalhoub. Etats-Unis. 8 épisodes de 60 mn. Disponible sur Amazon Prime Video en France à partir du 29 novembre (en VOST), version française disponible le 26 janvier 2018.

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