Rencontre avec Alexander Perrin, co-créateur de The Level

Peu de séries policières débutent en montrant leur personnage central dans une position compromettante : blessé par balle au terme d’une rencontre avec un ponte du crime local, également une vieille connaissance. C’est le pari de la Britannique The Level, une des surprises de la rentrée de Série Club, sandwichée entre plusieurs nouveautés américaines, de A.P.B. avec Justin Kirk à la nouvelle saison d’Agents of S.H.I.E.L.D.

The Level met en scène une inspectrice, Nancy Devlin (Karla Crome), qui va devoir chapeauter l’enquête pour remonter au meurtrier de Frank Le Saux (Philip Glenister) tout en couvrant ses arrières pour garder secrets du reste de son équipe ses liens ténus avec la famille Le Saux. En renouant contact avec son amie d’enfance Hayley, la fille de Frank (Laura Haddock, vue dans le dernier volet de Transformers), Nancy va compliquer les choses. Aller-retour entre vie privée marquée de chimères et carrière d’enquêtrice sur la sellette, The Level est le fruit d’un tandem de scénaristes : Gaby Chiappe (qui a écrit le dernier film de Lone Scherfig disponible en VOD, Their Finest) et Alexander Perrin. C’est ce dernier qui revient pour nous sur ce polar distinctif émaillé de prestations remarquables. Outre Karla Crome, on note aussi la présence de Noel Clarke (Doctor Who), et Amanda Burton en matriarche, une des actrices les plus connues outre-Manche via sa prestation dans la série policière Silent Witness (Affaires Non Classées, vue sur C8). Un conseil : la série est à découvrir dans sa forme originale, vu que la version multilingue est disponible…

Pourquoi avoir choisi d’intituler la série The Level ?

Alexander Perrin : D’abord, The Level est une section très particulière de la ville de Brighton où se déroule l’action. Et ensuite, « on the level » est une expression qui s’applique pour demander à quelqu’un s’il est honnête et franc avec nous. Et il s’agit d’une série qui tourne beaucoup autour de la confiance et de l’honnêteté.

La grande majorité de la série est tournée à Brighton. Votre précédente série, Shetland, se déroulait au sein d’une communauté reculée. Est-ce que le développement de polars dans ces endroits loin des grandes villes vous permet de raconter des histoires différentes ?

Par coïncidence, Gaby et moi avons toujours tendance à utiliser les villes comme vecteurs d’histoires sur les communautés locales. Gaby a grandi en partie autour de Brighton, et les Londoniens connaissent bien la ville, car c’est la ville côtière la plus proche. Pendant la préparation, on a commencé à visiter Brighton et à travailler avec le réalisateur pour exploiter les lieux et le front de mer au maximum. Nos histoires ont toujours comporté des éléments autour de longues amitiés ou de la famille, elles reposent sur des personnages avec des racines dans un endroit défini. Et le personnage de Frank, qui est au cœur de la série, a toujours vécu au nord de Brighton. Si The Level se passait à Londres, on aurait perdu beaucoup de choses sur le plan visuel, et surtout l’esprit du lieu. Brighton devait être un terrain de souvenirs communs pour Nancy et Hayley, autour d’endroits très particuliers. Les lieux sont chargés d’un lourd passé.

C’est la deuxième fois que vous collaborez avec Gaby Chiappe pour la télévision britannique. Est-ce que vous pouvez résumer votre collaboration et le genre d’histoires qui vous attire ?

Cela fait plusieurs années que l’on travaille sur The Level. On aime beaucoup le genre en général et les films de genre, mais on aime jouer avec ses conventions, lui donner une nouvelle dimension. On a commencé à collaborer sur un projet, toujours en cours, sur des crimes commis sur la Costa del Sol. Un projet qui s’avère aussi être une histoire de fantôme. Pour The Level, on a porté notre choix sur le thriller, mais pas pour en faire une série d’enquêtes à part entière. On voulait qu’elle mette en scène quelqu’un dans une position délicate, qui rencontre d’importants problèmes sur le plan humain et émotionnel. En définitive, il s’agissait de développer toute l’intensité et l’adrénaline du thriller pour une histoire qui traite de la famille.

The Level by ClapMag© Hillbilly Films / ITV

Au début de la série, il semble que l’héroïne Nancy vient d’être nommée détective et n’a pas beaucoup travaillé à la section d’enquêtes de Brighton…

C’est inexact. Elle travaille pour la police criminelle britannique, elle a déjà servi comme policière depuis qu’elle a atteint la vingtaine. Ce n’est donc pas une bleue ! Au début de la série, elle est respectée au sein de son équipe dans son quotidien, elle a sauvé un collègue d’un danger mortel. Elle est vraiment compétente, c’est un peu une héroïne dans sa division.

Comment avez-vous choisi Karla Crome pour incarner le rôle principal ?

Karla est une comédienne très intéressante, qui a contribué énormément au rôle. On a mis beaucoup de temps avant de trouver une actrice comme elle, qui devait cumuler un aspect très résistant et coriace – nécessaire pour faire avancer sa carrière comme policière – avec une psychologie marquée par un traumatisme profond. Karla était très convaincante en détective, mais elle était capable de changer complètement son comportement. Elle a influé sur les derniers épisodes que l’on a écrit. On avait vu Karla camper le rôle sur le tournage, et on a pu écrire plus spécifiquement pour elle.

Comment Noel Clarke, qui s’est fait un nom outre-Manche avec beaucoup de polars de banlieue en tant que réalisateur mais aussi comme comédien sur Doctor Who, a-t-il débarqué sur le projet ? Son personnage est très discret et taciturne dans The Level.

Il était en haut de notre liste d’acteurs. D’ailleurs, à l’écriture, on envisageait un peu ce personnage comme Noel lui-même. C’était merveilleux d’avoir un comédien et réalisateur de sa réputation, et il était vraiment impliqué dans ce rôle. Pour les besoins de l’intrigue, il était important de préserver une part de non-dit sur lui. Et Noel voulait jouer un personnage qui ne dévoile jamais exactement ses intentions. 

The Level, série policière (2016). 6×45 mn. Créée par Gaby Chiappe et Alexander Perrin. Ave c : Karla Crome, Laura Haddock, Noel Clarke… Les jeudis 7 et 14 septembre à 20h50 sur Série Club, puis en rediffusion, en VM.

Propos recueillis par Florian Etcheverry

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