The Last Girl – Celle qui a tous les dons : Queen of the Dead

the-last-girl by ClapMagLe film de zombies est un genre très prisé depuis le début des années 2000, notamment grâce à l’introduction de zombies rapides dans 28 jours plus tard (Danny Boyle, 2002). Au fil des années, la figure classique du genre s’est vue transformée (sortant pour le coup, George A. Romero, son père spirituel, de sa retraite anticipée), en un statut plus en concordance avec son temps : l’infecté. Les films d’infectés témoignent d’une angoisse épidémique palpable et se veulent moins métaphoriques. En faisant la synthèse de toutes ces idées, une série va profondément écraser la concurrence une décennie plus tard et renvoyer dos à dos toute nouvelle velléité artistique: Walking Dead (Frank Darabont & Robert Kirkman, depuis 2010). C’est dans ce contexte extrêmement bouché de burn-out zombiesque que Colm McCarthy et Mike Carey se sont décidés à raconter une jolie histoire travaillant la figure du zombie. Seulement, ils ont dans leur manche un atout imparable, Melanie, une jeune fille qui a tous les talents, même celui de nous faire pleurer.

Un complexe militaire ultra sécurisé. Des geôles où sont enfermés des enfants déplacés à heure fixe et solidement harnachés sur des fauteuils roulants. Une professeure, Helen Justineau (Gemma Arterton), essayant de donner cours tant bien que mal à ces enfants ligotés et traités comme des parias. Une docteure, Dr Caroline Caldwell (Glenn Close), dont on ne saisit que le nom et qui semble expérimenter dans son coin sur ces petits êtres innocents et sans défense. Et si ces chères têtes blondes étaient beaucoup plus dangereuses qu’on veut bien le croire de prime abord ?

Le début de The Last Girl – Celle qui a tous les dons est estomaquant et fait froid dans le dos. Avec habileté, Mike Carey et Colm McCarthy introduisent un univers à la fois familier et nouveau, et un point de vue bien spécifique : celui de Melanie (bluffante Sennia Nanua), enfant « zombie-infecté » doué d’émotions et de talents particuliers, source de toutes les attentions. Le monde a sombré, un virus fongique s’est répandu et s’attaque au cerveau des êtres humains. Il les transforme en sauvages affamés (hungries en VO), sans contrôle de soi, friands de chair fraîche. Les survivants s’organisent et découvrent une deuxième génération d’infectés, doués d’intelligence et de maîtrise partielle. Dès le plus jeune âge, ces infectés sont traités comme des cobayes, dans l’espoir de trouver un vaccin. Un petit groupe d’humains, abritant en leur sein « l’ennemi » présumé (Melanie), va devoir collaborer et se faire confiance mutuellement pour survivre.

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The Last Girl est un film d’une grande richesse thématique, qui a su trouver l’équilibre idéal entre spectacle, action et réflexion. Le film parle de notre rapport à l’autre, comment la différence peut être source de rejet, déclencheuse de violence et de sauvagerie. Ces sombres sentiments sont combattus par l’empathie, la raison et surtout l’éducation. Point central du film, l’éducation sans œillère, incarnée par la lumineuse Helen Justineau, se heurte au pragmatisme et à la peur de mourir du Dr Caldwell et du Sergent Eddie Parks (Paddy Considine), le chef des militaires. Alors qu’une solution de réapprentissage bienheureuse va demander une volonté de fer et beaucoup de temps, le Dr  Caldwell et le Sergent Parks, vivant dans un présent immédiat, cèdent à la panique et veulent régler à tout prix ce problème de virus, quitte à mettre en danger tout un chacun. Au milieu de ces deux forces antagonistes, Melanie, qui vivait jusqu’à présent comme cobaye, va découvrir le monde, la vie, et comprendre ce qu’elle est vraiment, un futur commun aux deux espèces, la forme d’un espoir qui doit apprendre à catalyser tous ses dons pour les mettre au service de tous. Pour agrémenter leur propos, les deux auteurs utilisent le mythe de Pandore de manière allégorique et créent un point d’appontage avec la jeune Melanie : Pandore possède cette jarre qui renferme tous les maux de l’univers, elle l’ouvre et les répand, sauf, un, qui reste au fond, l’espérance. Melanie est telle cette jarre, capable de répandre l’enfer sur terre, comme de devenir flamme d’espoir.

Maltraitance infantile, bon sens et intelligence sclérosés, monde tournant autour de petits groupes guidés par des intentions nuisibles et personnelles, l’œuvre de Carey et McCarthy renoue avec le meilleur des pistes de réflexion de la saga de Romero, tout en renouvelant l’arc thématique et stylistique du genre. Portrait singulier de l’apprentissage d’une jeune fille, vouée à devenir « l’ultime espoir », The Last Girl bénéficie d’une solidité d’écriture, d’une réalisation racée et d’une interprétation très délicate. C’est une œuvre qui a parfaitement compris et intégré ce qu’un argument fantastique peut et doit apporter comme force à une très belle histoire.

Réalisé par Colm McCarthy. Scénario de M. R. Carey, librement inspiré de son roman. Avec Sennia Nanua, Gemma Arterton, Glenn Close, Paddy Considine. Royaume-Uni, 2017, 1h51. Genre : film fantastique. Distribution : La Belle Company. Sortie en salles : 28 juin 2017.

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Julien Savès

Julien Savès

Julien Savès a plusieurs robots à son effigie et un ou deux jumeaux maléfiques pour lui permettre de mener à bien toutes les activités dans lesquelles il a décidé de se lancer un soir de grande beuverie. A la fois producteur et réalisateur pour la structure de production indépendante Broken Production, créateur et co-directeur du festival multiculturel BD6Né, il s'adonne déjà à plusieurs activités journalistiques au sein de Format Court et Distorsion, ce qui ne l'a pas empêché de rejoindre le giron "malfaisant" de Clap! dont il alimente le côté obscur.

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