The Circle : les secrets sont des mensonges

Satire mordante des réseaux sociaux et de l’esprit start-up de la Silicon Valley, The Circle passionne grâce à des angles d’attaque très contemporains. Mais ça ne suffit pas à en faire un bon film… Dommage, Emma Watson et Tom Hanks étaient pourtant parfaits !

Dans le nouveau film de James Ponsoldt (The Spectacular Now), une sénatrice américaine accepte de rendre public l’intégralité de ses communications personnelles et professionnelles sur TruYou, le réseau social du futur. De quoi inspirer notre gouvernement et son projet de moralisation de la vie publique… En poussant la logique de transparence à son paroxysme, n’est-il pas légitime, en tant que citoyen, de surveiller la manière dont les élus utilisent le pouvoir et l’argent qu’on leur a confiés ? C’est ça la démocratie, les amis. Ce genre d’extrapolations dystopiques, The Circle en regorge, principalement dans le domaine de la vie privée, une notion en voie de disparition. Bientôt, ne pas partager son quotidien avec le monde deviendra “égoïste” et les secrets seront assimilés à des “mensonges”, comme le formule si bien Mae (Emma Watson), nouvelle recrue prometteuse au Cercle, gigantesque entreprise au croisement d’Apple, Google et Facebook.

Ah… Le Cercle. La multinationale n’emploie que des jeunes gens enthousiastes qui adorent applaudir lors des keynotes de leur gourou (Tom Hanks). Sur leur gigantesque campus, ils ne font pas que travailler et dormir, ça non, ils ont aussi accès à une multitude d’activités dont le splendide “doga”, le yoga avec… des chiens. L’une des scènes les plus drôles confronte Mae fraîchement débarquée à deux collègues qui s’étonnent de ne pas l’avoir vue aux sessions “parfaitement facultatives” du week-end. Quand elle avoue être rentrée chez elle voir sa famille et faire du kayak en solo, on trouve inconvevable qu’elle n’ait rien posté sur TruYou. “Moi aussi je fais du kayak, on aurait pu y aller ensemble !”, s’exclame l’un des deux employés. Poussée par son désir d’intégration et de réussite, Mae adopte peu à peu les codes de l’entreprise, en dépit des mises en garde de son vieux pote Mercer (Ellar Coltrane).

Pas si exubérant que cela, le volet caricature frappe fort. Le Cercle ressemble à s’y méprendre aux entreprises soi-disant parfaites de la Silicon Valley où le bien-être des salariés serait la priorité. Il s’agit en réalité de les maintenir le plus longtemps possible sur leur lieu de travail, dans une atmosphère post-étudiante aux préceptes bien établis qui relèvent plus ou moins de la secte. Évidemment, l’omniprésence des réseaux sociaux passe aussi à la moulinette de The Circle : futilité des posts documentant la vie de tous les jours, comportement factice lorsqu’on se sait observé par les internets, déluges de commentaires envoyés aux célébrités par des inconnus (Emma Watson doit connaître ça), etc. Sans atteindre la maestria du fameux épisode « Nosedive » de la saison 3 de Black Mirror, le long métrage offre un miroir déformant perspicace de nos pratiques numériques honteuses.

THE CIRCLE

Mais alors, qu’est-ce qui coince dans ce film ? L’écriture. L’intrigue décolle quand Mae rencontre Ty (John Boyega), cofondateur du Cercle. L’acteur révélé dans Star Wars VII n’est pas crédible pour un sou mais ce n’est pas vraiment de sa faute : âge inapproprié pour le rôle, dialogues souvent creux, motivations floues… Le mec se retrouve même exclu du twist final qui le concerne pourtant directement ! Comme si les scénaristes (dont l’auteur du livre) s’étaient soudain rendus compte que le personnage était tellement bancal qu’il valait mieux faire semblant de l’oublier… L’ami d’enfance de Mae, fabricant de lustres en bois de cerf (true story), s’avère quant à lui particulièrement puéril et bâclé, alors qu’il aurait dû servir de contrepoint à la vision malade du Cercle. Une belle occasion manquée de montrer la beauté du monde hors du prisme de la technologie envahissante. Pourtant essentiels au scénario, ces deux protagonistes s’avèrent totalement ratés et superficiels. Ironique, alors qu’ils étaient censés incarner une forme rafraîchissante d’anticonformisme…

L’interprétation ingénue d’Emma Watson, tout à fait dans le ton du personnage, et celle de Tom Hanks, cabotine mais là encore adaptée au rôle, évitent la catastrophe industrielle. Difficile, en revanche, de pardonner les errements gênants du scénario et la conclusion, certes surprenante mais particulièrement mal amenée et trop vite expédiée. Malgré tout ses défauts, The Circle constitue une mise en garde assez percutante du dangereux potentiel de dévoiement des réseaux sociaux. Dévoiement qui a bien sûr déjà commencé (surveillance en temps réel, collecte d’informations sensibles, fusion avec des services commerciaux…). Aux utilisateurs d’ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard.

Réalisé par James Ponsoldt. Écrit par James Ponsoldt et Dave Eggers (qui adapte son propre roman). Avec Emma Watson, John Boyega et Tom Hanks. Genre : science-fiction. Nationalité : américaine. Durée : 110 minutes. Distribution : Mars Films. Sortie en salles : 12 juillet 2017. 

Arthur Bayon

Arthur Bayon

Nourri aux blockbusters testostéronés et aux Jeudis de l'angoisse, je suis resté très friand de castagne, de SF et d'hémoglobine (on ne se refait pas). Cela dit, je ne suis pas insensible à la folie poétique d'Alejandro Jodorowsky, au réalisme tendre de Hirokazu Kore-eda et l'élégance de Nicolas Winding Refn. Les potentialités de l'animation me fascinent, sur grand ou petit écran.

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