Simon Astier : « Cette série a été très initiatique, du début jusqu’à la fin »

Il aura fallu 10 ans à Simon Astier pour aller au bout de sa série de super-héros comiques Hero Corp. A la fois intime et épique, l’ultime saison ressemble à son créateur. Nous avons pu revenir avec lui sur ces cinq saisons au cours desquelles l’auteur, réalisateur et comédien s’est assagi, a évolué et beaucoup appris.

Clap! :  Vous avez toujours dit que vous raconteriez l’histoire de Hero Corp jusqu’au bout. Comment avez-vous appréhendé cette dernière saison ?

Simon Astier : C’était assez difficile. Difficile de l’écrire et difficile de tout faire malheureusement sur cette saison. Il y a eu beaucoup de déconvenues, et l’écriture en fait partie. On a repoussé le tournage parce qu’il fallait que je « sorte » tout ça. Hero Corp parle beaucoup de moi. Il fallait choisir un angle et il fallait terminer comme j’avais envie que ça se termine, je ne voulais laisser aucun personnage de côté. Même si, à l’écriture, je me suis concentré sur le personnage de John. C’était nécessaire après ces saisons où il était moins là, sombre et effacé. J’ai osé reparler de John pour que ça se termine bien, c’était le plus important en fait pour moi, que ça se termine bien. De toute façon, cette série a été très initiatique, du début jusqu’à la fin.

Et le tournage…

Certains acteurs et moi-même avons eu des problèmes de santé, c’était dur. Parfois, nous avions eu l’impression que nous n’arriverions pas au bout, mais en même temps quand même l’impression qu’on y arriverait. Je ne sais pas comment dire ça. On l’a fait quoi !

Vous avez dit avoir modifié la fin de l’histoire par rapport à ce que vous aviez en tête au début de la série.

L’histoire a changé parce que je me suis assagi sur beaucoup de choses. A la base, la fin était beaucoup plus sombre. En définitive, elle est moins manichéenne, il n’y a pas de bien ni de mal, il y a juste des gens qui ont vécu des choses ensemble, qui ont fait face à des choix moraux, immoraux… Tout le monde est faillible. Je recherche l’équilibre, le milieu de la balance, et c’est ça en fait que je voulais raconter. Le plus important pour moi, c’était de laisser les personnages en me disant qu’ils allaient être bien maintenant, je sais où ils sont et je ne suis pas inquiet pour eux.

Cette saison 5 commence par une ellipse d’un an très surprenante. Les personnages sont maintenant des « vrais » super-héros aux yeux du monde, enfin.

Je voulais que ça change par rapport aux saisons précédentes et m’affranchir aussi de tout un début de saison où il faut reprendre ce qu’on a fait en fin de saison 4. Le traiter, le résoudre, avant de commencer à raconter la suite de l’histoire. J’ai trouvé ça plus intéressant de commencer après, quitte à ce que les spectateurs mettent un peu de temps à comprendre les nouveaux codes. Les super-héros de Hero Corp ont passé beaucoup de temps à se plaindre d’une espèce de gloire passé qu’ils auraient connue et que l’on n’a jamais vue. Et bien là, ils l’ont dès le début. Le problème c’est qu’ils ne l’ont pas acquise de la bonne manière. Ils ont été tellement obnubilés qu’ils ne se sont pas rendus compte que c’était au détriment du bien-être d’autres personnes. Je trouve ça bien de démarrer là parce que c’est exactement ce qu’ils voulaient mais tant qu’ils ne l’ont pas méritée, ils ne sont pas vraiment heureux.

Hero Corp Saison5

© Calt production / Nicolas Auproux

Pour cette dernière saison, vous revenez au format 26 min. Est-ce pour vous le format le plus adapté pour Hero Corp ?

Oui, bien sûr. Mais je l’aurais fait dans n’importe quel format pour que la série redémarre en saison 3. C’est pour ça qu’on ne s’est pas posé la question, on a fait le format 7 min (saison 3), 13 min (saison 4), on voulait que la série existe et survive. C’était déjà extrêmement précieux ce que l’on avait vécu : avoir cette liberté à la télévision. Elle n’existe pas normalement, donc peu importe le format. On est parti du 26 min, avec une saison 1 qui manquait de rythme, puis une saison 2 qui avait un très bon équilibre je pense. Donc là, on revient en étant plus forts, avec plus d’expérience. Ainsi ce format 26 min est mieux maîtrisé. Quand le conseiller de programme à France 4 m’a proposé de faire cette dernière saison en 26, j’ai dit oui tout de suite. J’avais laissé tomber cette idée, pour moi c’était tellement lointain, impossible. Et, finalement si, c’était possible.

J’aimerais qu’on revienne sur l’épisode 7, qui est très particulier. A la fois hilarant et très triste, avec d’un côté la mort d’un des personnages principaux et de l’autre un hommage aux films d’arts martiaux. Pourquoi ce choix ?

En fait, ce n’est pas un hommage aux films d’arts martiaux, mais plus précisément un hommage aux films de tournoi. Et même un hommage aux premiers films de Jean-Claude Van Damme. Avec Alban (Lenoir), on est vraiment fans. Il y a carrément des coups, des plans, qu’on a repris. J’ai fait ce choix parce que j’aime bien ce que ça raconte sur la mort. Elle fait partie de la vie, c’est comme ça. Je ne me suis pas dit que j’allais mélanger des émotions contradictoires, mais je voulais que ça soit fait de manière dynamique, en disant que la mort fait partie d’un tout. Si j’avais du expliquer la mort à mon fils, je l’aurais fait comme ça.

Sur cette série, j’ai toujours parlé avec mon cœur, avec mes tripes et ça ne regarde que moi. Bizarrement, c’est avec ce que je raconte de plus intime que j’ai réussi à toucher les gens.

Finir une série, c’est toujours très difficile. Il peut y avoir beaucoup de frustrations, de fans déçus… Savez-vous si les spectateurs ont bien accueilli cette 5ème saison ?

J’ai un public incroyable sur Hero Corp, c’est évident maintenant. En revanche, je ne fais jamais les choses pour les satisfaire directement. Je fais toujours les choses en étant fidèle à ce que je suis, au moment où je le fais, à ce que j’ai compris dans la vie jusqu’à maintenant. J’aime me dire en tant que professionnel, qu’avec Hero Corp je suis au maximum de mon savoir-faire actuel. Sur cette série, j’ai toujours parlé avec mon cœur, avec mes tripes et  ça ne regarde que moi. Bizarrement, c’est avec ce que je raconte de plus intime que j’ai réussi à toucher les gens. A aucun moment je n’ai essayé de les chercher, à aucun moment je n’ai essayé de me faire aimer par les gens. J’ai le sentiment que c’est ce qui me correspond le mieux dans ce métier : juste raconter une histoire que j’aimerais qu’on me raconte sans crier aux gens « aimez-moi » ! C’est à ce moment-là que la série a rencontré son public. Je pense avoir fait d’autres choses dans mon parcours pour que les gens m’aiment, pour qu’on me regarde, pour que ceux du métier voient ce que je suis capable de faire. Mais sur Hero Corp non. Il y a des fans homosexuels qui m’ont parlé du couple qui se forme à la fin en me disant que c’était hyper important. Mais pour moi non, c’est juste ma vision de la vie. Il y a des homos, des hétéros, des gentils, des traîtres, des héros, des anti-héros… Je ne fais pas de différence, je ne suis pas militant. Ça va au-delà de ça, et je ne veux pas balancer un message le poing levé en disant « suivez-moi  ! ». Non, c’est une histoire avec des gens, et ça n’a pas d’autres valeurs que ça. Ce n’est que mon expérience et ma vision des choses.

L’aventure Hero Corp est-elle vraiment terminée ? Le versant trans-média va-t-il continuer ?

Les bandes dessinées vont continuer parce que ça se consomme différemment. Ce sont des histoires indépendantes et elles racontent le passé des personnages. Mine de rien c’est ce qui m’intéresse le plus dans le mythe des super-héros. L’histoire, le moment, où ils sont devenus ces sortes de soldats avec un altruisme total au service du peuple, de la société. Le tome 3 est sorti début juin et le tome 4 sortira à la fin de l’année je pense. Mais la série TV est terminée oui, bien sûr. Maintenant, je n’arrête pas de le dire et ça devient limite un rendez-vous que je prends avec les fans, mais pour fêter les 20 ans de la série on fera peut-être un épisode spécial.

Et maintenant, quels sont tes projets ?

J’ai plein de choses rigolotes en route, mais j’ai aussi des projets qui me font plus vibrer. Il y a en moins, évidemment, parce que c’est plus rare. Je travaille sur le développement d’un long métrage et  d’une nouvelle série. Je fais les deux en même temps parce que je crois que ça me rassure d’avoir plusieurs projets dans mes cartons. On verra après celui qui se fera en premier.

Propos recueillis par Matthieu Morandeau. Remerciements à Sophie Bataille.

BR HERO CORP

Hero Corp saison 5. Disponible en DVD et BR à partir du 27 juin 2017.

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