Roxane Mesquida : « Les personnages maléfiques m’amusent »

Elle débute en 1997 au cinéma dans Marie Baie des anges de Manuel Pradal et tourne trois films la décennie suivante avec Catherine Breillat. Aujourd’hui installée aux États-Unis, Roxane Mesquida y poursuit sa carrière, faisant du cinéma indépendant américain sa nouvelle famille d’accueil. L’actrice revient pour nous sur quelques-uns de ses rôles marquants et nous parle de son amour pour Grave de Julia Ducournau.

Propos recueillis par Ava Cahen

Dans Sheitan et Kaboom, vous jouiez les poupées maléfiques, les intrigantes. D’ailleurs, votre personnage dans Kaboom s’appelait Lorelei, comme Monroe dans Les hommes préfèrent les blondes. Qu’est-ce que ces deux rôles représentent pour vous ?

Je dois avouer que jouer des personnages maléfiques m’amuse beaucoup. D’autant qu’ils sont à l’opposé de ce que je suis, je vous rassure ! Dans Sheitan, je jouais Eve – le nom est tout un symbole aussi -, la tentatrice qui attire les hommes pour les offrir en pâture au Diable. Et dans Kaboom, une sorcière lesbienne qui compense son manque d’amour par des excès de possession.

Vous avez tourné avec Quentin Dupieux dans Rubber, Wrong Cops et Réalité, trois films où les dimensions parallèles s’entrechoquent. Quel directeur d’acteur est-il ? Est-ce que les tournages sont aussi ovniesques que ses films ?

La liberté d’action est grande lorsqu’on tourne avec Quentin. On entre de plain-pied dans un véritable processus de création. Rubber est le premier film tourné avec un appareil photo, le fameux 5D. C’était en 2010. Je me souviens que sur le tournage, Quentin me disait tout le temps : « Je te jure qu’on est en train de faire un vrai film » ! Mais je n’ai jamais été inquiète une seule seconde. Au contraire ! J’adore sortir des modes de travail traditionnels et faire place à l’improvisation.  

Roxane Mesquida dans Kaboom Roxane Mesquida dans Kaboom, de Gregg Araki (2010)

En 2013, vous étiez à l’affiche de Kiss of the Damned, une de vos nombreuses incursions dans le cinéma d’horreur. Pouvez-vous nous parler de votre personnage et du film en général ?

J’ai adoré le personnage de Mimi, jeune femme qui reste fidèle à sa condition de vampire. C’est une rebelle qui n’a pas peur de s’opposer aux nouvelles lois de la communauté des vampires, en s’abreuvant toujours de sang humain, au lieu de se contenter, comme les autres, de sang synthétique. C’est une sorte de vampire à la conscience vegan en somme !

Le fantastique est un genre qui vous plaît en tant que spectatrice ?

Pour être honnête, je ne suis pas addict à un genre particulier. Je regarde les films sans me soucier de la catégorie à laquelle ils appartiennent. J’aime les films qui me touchent. Et peu importe leur genre. Mes chouchous de 2016 sont Don’t Breathe de Fede Alvarez, The Gift de Joel Edgerton et The Invitation de Karyn Kusama.

Vous avez vu Grave au Festival international du film indépendant de Bordeaux, où vous étiez membre du jury. Qu’avez-vous pensé du film ?

Ce film est pour moi un véritable ovni du cinéma français ! J’ai adoré la façon dont Julia Ducournau, la réalisatrice, a su utiliser les codes du cinéma de genre “à l’américaine », sans tomber dans le fantasque. Les scènes, toujours plausibles et ancrées dans une certaine réalité, laissent la place à l’identification. J’avoue m’être sentie très proche du personnage de Justine (l’héroïne, NDLR) dans son rapport à la viande. J’étais, moi aussi, végétarienne durant toute mon enfance. Aujourd’hui, en mangeant de la viande, je ressens une étrange ambiguïté : d’un côté j’éprouve un sentiment de force et de l’autre un trouble dû à la conscience que j’ai de l’animal que je suis en train de dévorer…

Roxane Mesquida dans Kiss of the damned Riley Keough et Roxane Mesquida dans Kiss of the Damned de Xan Cassavetes (2012) 

Vous avez tourné dans L’École de la chair de Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert. Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre ?

J’admire énormément Isabelle Huppert. C’est une actrice-cinéphile, ce qui, à mes yeux, est une des plus grandes qualités pour un acteur. Elle a travaillé avec les meilleurs réalisateurs du monde, comme David O’Russell, Hong Sang-soo, Brillante Mendoza, Michael Haneke ou encore Paul Verhoeven, pour ne citer qu’eux. J’ai eu la chance incroyable d’avoir joué à ses côtés, alors que je n’avais que 15 ans. Pendant le tournage de L’École de la chair, Marie Baie des Anges, mon premier film, sortait en salles, et je me souviens avoir été triste, car la plus belle scène de mon personnage avait été coupée au montage. Isabelle m’avait alors consolée en me disant : « Ne laisse pas cette expérience t’affecter. À ses tout débuts, Kevin Costner lui aussi a joué dans des scènes qui ont été rabotées au montage, à tel point qu’il n’apparaissait même plus à l’écran, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir une belle carrière ! ». Je n’oublierai jamais ses mots de réconfort. J’ai été très émue, dernièrement, lorsqu’elle a reçu son Golden Globe (Meilleure actrice pour Elle de Paul Verhoeven, NDLR), une récompense bien méritée.

Quels sont vos projets en ce moment ?

Je viens de finir le tournage – qui a eu lieu à Chicago – d’un film américain indépendant de Michael Glover Smith, Mercury in Retrograde, dans lequel j’incarne Isabelle. Je vais bientôt tourner dans A Forgotten Place, un long métrage sur la guerre civile au Niger, dans les années 1960. J’en profite également pour annoncer la sortie DVD au printemps de Malgré la Nuit de Philippe Grandrieux. Un réalisateur avec lequel j’ai adoré travailler.

Que peut-on vous souhaiter pour 2017 ?

De réaliser mon premier film !


Roxane Mesquida en quelques chiffres :

  • 1981 – année de naissance
  • 20 ans de carrière
  • 21 films tournés
  • 5 apparitions dans des séries françaises et américaines

Elle a tourné avec :

  • Benoît Jacquot : L’École de la chair (1998)
  • Catherine Breillat :  À ma soeur ! (2001), Sex is Comedy (2002), Une vieille maîtresse (2007)
  • Quentin Dupieux : Rubber (2010), Wrong Cops (2014), Réalité (2015)
  • Gregg Araki : Kaboom (2010)
  • Rémi Besançon : Nos Futurs (2015)
  • Philippe Grandrieux : Malgré la Nuit (2016)

Trois de ses films de chevet :

  • Le Tango de Satan de Béla Tarr
  • Lumière silencieuse de Carlos Reygadas
  • Beau travail de Claire Denis

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Ava Cahen

Ava Cahen

Profession : journaliste - chargée de cours à Paris Ouest Nanterre La Défense. Religion : Woody Allen (Dieu à lunettes). Série culte : Friends. Réalisateurs fétiches : Allen, Scorsese, Polanski, Dolan, Almodovar, Desplechin,... Ce que je n'aime pas : les films moralisateurs.

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