Powerless : le rire ne vous sauvera pas

« Encore une série de super-héros ? » a sans doute été la réaction instinctive de nombreux sériephiles lorsque les sites spécialisés ont annoncé un nouveau programme adapté de l’univers de DC Comics. Bien des mois plus tard, Powerless (« sans pouvoir ») arrive enfin et affirme sa différence de ton. Exit les gros méchants à combattre et les dilemmes moraux des super-héros. L’heure est à la bonne humeur.

D’ailleurs, vous le remarquerez vite, dans Powerless, les hommes en collants se font tout petits. On les aperçoit au travers d’une vitre, bien loin dans le ciel ou à la télévision. On sait qu’ils sont là, parce qu’ils pourrissent le quotidien des habitants de Charm City, mais on ne les croise jamais. Vous l’avez compris, dans cette nouvelle production DC Entertainment, les héros ne sont pas super, ils sont comme vous et moi. Ils adorent les petits stands de beignets (détruits) au coin de la rue, prennent un train (qui déraille) pour aller travailler dans des bâtiments (qui s’effondrent) d’où ils peuvent admirer les allers et venues des « encapés ». Bref, à Charm City, les luttes super-héroïques sont plus super-agaçantes que super-fascinantes. C’est dans ce quotidien un brin lassant que Ben Queen (créateur de A to Z) introduit son héroïne. Jeune fille de campagne, Emily (Vanessa Hudgens, non on ne plaisante pas) est embauchée à la tête du département de Recherche & Développement de Wayne Security pour booster l’équipe scientifique de l’entreprise. Leur mission : mettre au point une série d’inventions permettant au commun des mortels de se protéger des dommages collatéraux causés par les super-héros. Combinaison antichoc, parapluie anti-débris, détecteur olfactif à super-vilain, toutes les idées, surtout les plus farfelues, sont bonnes à prendre.

Vanessa Hudgens Powerless Vanessa Hudgens, Christina Kirk, « attachée » à Wayne Security

Dès les premières minutes, Powerless affirme donc clairement son ambition de s’éloigner des tonalités sérieuses voire plombantes des séries DC Entertainement actuelles. Flash, Arrow et Gotham sont bien loin. Au contraire, la nouvelle création de Ben Queen se veut légère, déjantée et un brin absurde. Avec sa troupe de scientifiques plus absorbés par leurs jeux en ligne que leurs créations, un boss incompétent aux demandes sans queue ni tête et une héroïne qui cherche à faire tampon, Powerless se rapproche davantage d’une comédie qui fait toujours battre notre cœur, sept ans après son annulation. Entre 2009 et 2010, Better Off Ted suivait les péripéties d’un groupe d’employés d’une multinationale chargés de lui faire gagner autant de fric que possible grâce à des inventions inimaginables. Mal-aimée malgré une inventivité et une énergie foisonnantes, Better Off Ted n’avait duré que deux saisons. Ben Queen « s’inspire » donc (pour être poli…) de son aînée pour cette nouvelle création de NBC, adaptant le même genre d’intrigues à son univers super-héroïque. Mais la sauce ne prend qu’à moitié.

Ambition-less ?

Pour beaucoup, Powerless pourrait paraître originale, Better Off Ted n’ayant eu qu’un rayonnement limité. Mais l’impression de redite laisse à cette friandise de 20 minutes un arrière-goût particulièrement rance. Evidemment, elle titille notre fibre nostalgique et joue assez bien avec les attentes que pourraient précéder une série DC Entertainment. Pas de vilain charismatique, de grosse bataille ou de menace de fin du monde. Au contraire, là où Flash, Arrow et cie. créent leur univers bien à eux, dans lequel les voyages dans le temps ou inter-dimensionnels sont monnaie courante, Powerless brouille les pistes et tente d’inclure ses héros dans notre monde à nous. À grand renfort de name-dropping, Aquaman, Flash et Batman côtoient William H. Macy, Macklemore et Donald Trump. En résulte une impression assez agréable de familiarité. Comme si ces gens-là pouvaient être nos cousins, perdus dans une ville peuplée de gros méchants et de super gentils.

Pour autant, Powerless semble déjà dépassée. Trop commune pour se démarquer, trop faible pour pouvoir perdurer. Le potentiel était pourtant là. Mais les modifications opérées en cours de route, après la réalisation d’un premier pilote remodelé (Emily devait travailler dans une compagnie d’assurance prenant en charge les clients lésés par les conflits des super-héros) ne semblent pas avoir servi le projet. Il en va de même pour les personnages : d’un Abed 2.0 campé par Danny Pudi, tout droit sorti de Community, au patron incompétent interprété par Alan Tudyk (en roue libre, comme souvent) en passant par une Vanessa Hudgens qui en fait des caisses, les regrets sont bel et bien là. Alors qu’elle aurait pu être une passerelle vers le quotidien chaotique des habitants de Charm City, Powerless semble se contenter de son statut de farce super-héroïque sans grande ambition scénaristique. Les amateurs de gamineries sans prétention pourront être séduits le temps de quelques épisodes. Mais on doute sincèrement que sa fraîcheur et son (véritable) capital sympathie lui permettent de dépasser sa première saison. Super-dommage.

Powerless, créé par Ben Queen. Avec Vanessa Hudgens, Danny Pudi, Alan Tudyk, Christina Kirk, Batman, Crimson Fox, Batman et leurs copains en collants. Diffusée sur NBC le jeudi soir depuis le 2 Février 2017.

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