PLUS JAMAIS SEUL en croisade contre les violences homophobes

En 2012, le chanteur chilien Alex Anwandter apprend le décès d’un de ses fans, Daniel Zamudio, battu à mort à cause de son homosexualité. Bouleversé par cette terrible nouvelle, l’artiste choisit d’écrire son premier long métrage. Cinq ans plus tard, Plus jamais seul atteint les écrans du monde entier et étend son message d’amour, d’incompréhension et d’impuissance.

Pour éviter de tomber dans la biographie filmée, Anwandter a eu la bonne idée de décontextualiser son récit. La portée de son film ne devait pas se limiter à l’histoire de Zamudio, mais parler au monde entier. La charge en revient donc au jeune Pablo (Andrew Bargstead), lycéen fasciné par le monde de la nuit et du travestissement. Pablo sait qu’il est gay, il fricote même avec un mauvais garçon du quartier. Mais le garçon vit dans un coin peu fréquentable et les voyous des environs lui font régulièrement passer un sale quart d’heure. Pablo résiste grâce à sa passion et le soutien de sa meilleure amie, gay elle-aussi. Et puis un jour, la violence verbale devient physique. Les conséquences, désastreuses. Quant à Juan, le père de Pablo, il ne pouvait imaginer que la simple orientation sexuelle de son fils puisse engendrer autant de cruauté. Aucun de nous ne le peut.

Avec Plus jamais seul, Alex Anwandter s’attaque à deux véritables problèmes de notre société : la violence ordinaire (et extraordinaire !) subie quotidiennement par les personnes LGBTQ et le manque de ressources mises à disposition de leurs proches pour mettre à mal ce harcèlement. Lors de ses innombrables appels à l’aide, Juan se voit répondre que les voyous devenus criminels seraient condamnés s’ils en venaient à reproduire leur geste. Épouvante des spectateurs. Ce père meurtri, ce pourrait être nous ; cet enfant au corps brisé, notre fils, cousin, ou voisin. Qu’en 2017, ce genre de réponse puisse encore se faire entendre est tout simplement consternant. Et pourtant, les crimes haineux, qu’ils soient racistes, transphobes, homophobes (…) continuent d’être perpétrés et impunis. Les statistiques et les témoignages sont là. L’indignation aussi.

Plus jamais seul critique clapmag Juan, ou l’incompréhension. © Epicentre Films

L’histoire de Plus jamais seul pourrait se passer n’importe où. Santiago n’est jamais nommée. Son espace, Alex Anwandter le trouble, l’enveloppe d’un brouillard épais, étouffant. Le drape d’une nuit ténébreuse. Dans ce Chili où tout espoir semble avoir disparu, le jeune Pablo rayonne à sa manière. Loin des carcans de l’adolescent de classe moyenne et de la masculinité en général. Cette lumière, c’est tout un système qui se charge de l’éteindre. La violence et la haine d’abord, l’inutilité policière ensuite, l’incongruité de la prise en charge médicale enfin. Car c’est bien connu : après avoir retrouvé son enfant inconscient sur un lit d’hôpital, devoir trouver un moyen de payer les exorbitants frais engagés ne devient-il pas la priorité numéro 1 ? La différence se retrouve donc brimée, l’individualité condamnée. Comment exister dans ce contexte sordide ? Comment comprendre ? Comment respirer ? Dans Plus jamais seul, c’est tout un pan des travers de la société, qu’elle soit chilienne ou autre, qu’Alex Anwandter dénonce avec force et fracas. Avec en épicentre cette scène d’agression, graphique, injustifiable, insoutenable. Les confrontations administratives qui suivront n’en seront que plus aberrantes encore. Les droits des personnes LGBTQ ont beau trouver de plus en plus de reconnaissance de par le monde (une loi anti-discrimination a d’ailleurs été votée au Chili quatre mois après la mort de Daniel Zamudio), le chemin vers l’acceptation semble encore long et de nombreux crimes à la cruauté inhumaine resteront probablement impunis. Une vérité que Plus jamais seul nous rappelle à grand coups de bouteille dans la gueule.

Plus jamais seul, écrit et réalisé par Alex Anwandter. Avec Andrew Bargstead, Sergio Hernandez, Antonia Zegers. Drame. Nationalité : chilienne. Durée : 1h21. Distributeur : Epicentre Films. Sortie le 3 mai 2017.

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