#Pire Soirée : la nuit ne sera pas si mémorable

Retour à la comédie potache pour Scarlett Johansson, #Pire Soirée se veut une réplique féminine aux “films de bande” masculins trash et anarchiques comme Very Bad Trip. Mais à cause d’une écriture pataude et fainéante et une mise en scène laborieuse, le film s’impose comme un des plantages estivaux les plus décevants jusqu’à présent.

Depuis le succès international de Mes Meilleures Amies en 2013, la comédie américaine a décliné à l’infini les films de cliques qui vont se déliter puis se ressouder plus fort que jamais. La faute à des vies personnelles qui volent en éclat ou des événements incontrôlables déclenchés en l’espace de quelques heures. Tina Fey et Amy Poehler ont eu droit à leur Sisters, Nos Pires Voisins 2 a donné la part belle à la sororité antagoniste du couple formé à l’écran par Seth Rogen et Rose Byrne… Et voilà que la livraison de cet été 2017 arrive en plein mois d’août avec ce #Pire Soirée (hashtag bien pratique et trendy avant l’heure inclus).

Après avoir assuré quelques prestations réussies ces dernières années au Saturday Night Live, Scarlett Johansson se lance donc à la tête d’une comédie en très bonne compagnie. C’est Lucia Aniello, une des réalisatrices attitrées de Broad City, la sitcom anarchique et franche de Comedy Central (diffusée sur MTV en France), qui est en charge de la réalisation et de l’écriture. Et le cachet Broad City attire également une des deux stars de la série, Ilana Glazer. Pour compléter le casting, Zoë Kravitz, la très en vue Jillian Bell (plus connue pour la sitcom Workaholics à la télé américaine) et l’indispensable Kate McKinnon (un des points les plus mémorables du récent Ghostbusters) viennent se détendre les zygomatiques. Avec un tel assortiment de talents, comment les choses pourraient-elle mal tourner ?

D’abord, en gardant le film sur les rails (de coke) de la formule. Cinq amies qui s’étaient perdues de vue depuis la fac se retrouvent pour le mariage de la plus bosseuse et charismatique d’entre elles, devenue candidate au Sénat, Jess (Johansson). L’enterrement de vie de jeune fille compte ses passages obligés : une virée dans un club de Miami avec une chorégraphie répétée « comme au bon vieux temps » et un strip-teaseur commandé dans une splendide maison de Floride. Celui-ci meurt accidentellement… et les ennuis commencent. Mais pour #Pire Soirée, ceux-ci sont déjà présents depuis bien longtemps. Les « gags » s’enchaînent avec une mollesse absolument insoutenable, et Lucia Aniello délaisse le dynamisme de la télé pour un académisme très démonstratif. Car ce quartette d’amies a bien de problèmes non réglés en surface, et ils ne vont pas être réglés en deux-trois vannes graveleuses ou bizarreries éructées (avec professionnalisme) par l’Australienne Pippa, campée par Kate McKinnon.

#Pire Soirée by ClapMag

Au fur et à mesure que s’amoncellent les ennuis liés au cadavre dans le placard (bien entendu, un placard sado-maso entièrement équipé, sinon ce n’est pas le #Délire de la #PireSoirée), le peu d’alchimie entre les actrices vole en éclat. La sincérité qui peut habiter les films de bande de potes est sacrifiée sur l’autel du cynisme hollywoodien, qui greffe à son intrigue des rencontres avec des criminels ou un roadtrip vain sous cachets d’un fiancé inquiet (le lisse Paul W.Downs, également coscénariste du film). Un empilement de saynètes qui se termine comme il avait commencé : dans l’indifférence de la fausse provoc’.

#Pire Soirée, comme d’autres comédies de son genre, est capable de faire surnager des moments ou répliques bien senties de comédiens peu connus. Las : au fur et à mesure de la progression du film, ceux-ci s’enfoncent dans la léthargie. Ilana Glazer, habituée à faire le show dans Broad City, semble s’acquitter de son rôle avec absence au point où on a du mal à se rappeler qu’elle fait partie de la bande de filles présente sur l’affiche une fois le film terminé.

Alors que la morale et le #GirlPower (hashtag compris) n’ont pas de mal à triompher, la qualité passable du film a raison du charisme de Scarlett Johansson et des espoirs de carrière de Lucia Aniello (le bide commercial américain y est pour beaucoup). La réalisatrice prouve que la comédie américaine pour adultes a transformé la volonté d’anarchie et de franc-parler « sex, drugs and rock’n’roll » en mécanique bien sage. Vite, un coup de pied dans la fourmilière !

#Pire Soirée (Rough Night). De Lucia Aniello. Écrit par Lucia Aniello, Paul W.Downs. Avec : Scarlett Johansson, Jillian Bell, Ilana Glazer, Kate McKinnon, Zoé Kravitz, Paul W.Downs. USA. Genre : comédie potache qui tache. Distribution : Sony Pictures Releasing France. En salles le 2 août 2017.

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