PIFFF 2016 – K-Shop et Grave : chairs à vif

Le marathon d’hémoglobine continue en ce troisième jour de festival avec K-Shop du britannique Dan Pringle et Grave de Julia Ducournau, le film français chouchou des festivals. Pour terminer la journée, Rob Zombie nous fait l’honneur de son 31 pour la séance interdite du PIFFF. Armez-vous de votre courage et sortez le pop corn : le PIFFF, ça continue !

K-Shop, de Dan Pringle

Un brillant étudiant promis à un avenir radieux aide son père dans sa boutique de kebab le temps d’écrire son mémoire. Mais son futur se heurte au mur alcoolisé des fêtards anglais lorsque ceux-ci, ivres, provoquent la chute du vieil homme qui meurt sur le coup. D’abord désireux de poursuivre le rêve de son père, Salah travaille dans le fast-food pendant quelques temps jusqu’au jour où, excédé par un énième crétin de la nuit, il le plante la tête la première dans l’huile bouillante de la friteuse. C’est le point de non retour, et le jeune homme se débarrasse du corps en le transformant en viande à kebab. Salah revêt son tablier de justicier et décide d’exterminer tous les fêtards qui outrepasseraient les règles du savoir-vire. Racistes, malpolis, agressifs, stupides : tous terminent leur dernière beuverie dans la cave du cuistot et finissent leur existence dans l’estomac de leurs compatriotes noceurs.

Dan Pringle offre une violente et efficace critique de la pauvreté sociale et intellectuelle de l’Angleterre contemporaine et des problèmes comportementaux liés aux abus d’alcool, grande ombre bien connue du paysage britannique. Pointant du doigt la masse blanche (parfois) pauvre et (souvent) raciste, Pringle se défoule dans un déferlement de gore et de viande humaine grillée. Le solide postulat de départ ne suffit toutefois pas toujours à combler quelques faiblesses scénaristiques, et K-Shop finit par patauger dans une intrigue obscure de trafic de drogue. En perdant de vue son fil directeur, le cinéaste égare le spectateur, qui manque parfois de piquer du nez. Pourtant, un jeu d’acteur saisissant, une mise en scène joliment ficelée et certains moments jouissifs permettent de garder un ensemble cohérent. Et un conseil : mangez avant la séance.

Grave, de Julia Ducournau

Végétarienne depuis sa plus tendre enfance, Justine expérimente pour la première fois la viande (crue, qui plus est) lors du bizutage organisé dans son école vétérinaire. Pas de chance, c’est le coup de foudre, et lorsque la viande de boeuf surgelée ne suffit plus, l’héroïne passe à quelque chose de plus costaud : la chair humaine.

Grave, dont nous vous parlions déjà dans le numéro 10 de Clap!, bouleverse la conception du film de cannibalisme et se transforme en voyage initiatique. Justine, tiraillée entre  son désir d’acceptation sociale et ses envies les plus primaires, devra faire le choix qui fera d’elle une adulte. En arrangeant à sa sauce les codes de l’horreur et du glauque, Julia Ducournau offre un portrait touchant et inédit de l’éternelle figure adolescente qui se cherche et qui comprend les implications de son corps en découvrant la sexualité et – dans le cas présent – la viande humaine. Déjà favori de la compétition, Grave confirme son statut de nouveau chef-d’œuvre du cinéma fantastique français : Œil d’Or long métrage décerné par le public du PIFFF et Prix spécial Ciné+ Frisson !

Pour l’anecdote, le film de Julia Ducournau a encore une fois retourné les spectateurs puisqu’un malaise dans la salle a obligé les pompiers à intervenir pendant la séance. Grave : le bizutage des spectateurs en quête de sensations fortes ?

clap-10_grave
Grave dans Clap! 10 (juin-juillet 2016)

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Mathilde Lejeune

Mathilde Lejeune

Technicienne de cinéma, écrivain, clown : Mathilde oscille entre plusieurs casquettes et adore ça. Mise à part les films élitistes qu'elle déteste cordialement, elle aime tous les genres sans distinction : le principal pour qu'une œuvre lui plaise, c'est de ressentir une forte émotion. Amatrice d'imaginaire et de burlesque, fan de Jacques Prévert et des Monty Python, de Simone de Beauvoir et de films d'animation, les deux films de sa vie sont et resteront à jamais Les Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin, et L'Illusionniste de Sylvain Chomet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *