ON L’APPELLE JEEG ROBOT : Goldorakissimo !

Sur le papier, l’idée pourrait laisser perplexe plus d’un spectateur : un premier film italien qui retrace l’apparition d’un super-héros au beau milieu de la banlieue de Rome avec dans son collimateur une bande de malfrats à tendance mafieuse. Détrompez-vous ! Son réalisateur Gabriele Mainetti a réussi le pari risqué de se réapproprier les codes du genre tout en y apportant une touche personnelle.

Petite frappe introvertie, Enzo tente d’échapper à la police dans les rues de Rome et se réfugie malgré lui dans les eaux du Tibre. Heurtant dans sa fuite un baril de produit toxique, il évite de peu la noyade et s’aperçoit vite que son corps possède désormais des capacités surhumaines. Il ne tarde pas à les utiliser à des fins criminelles, jusqu’à ce qu’il croise la route d’Alessia, une jeune fille fragile qui voit en lui un héros. Ce héros, c’est « Jeeg Robot » ou « Steel Jeeg », un personnage d’un dessin animé japonais qui rappelle notamment le robot géant Goldorak, valeureux protecteur de la veuve et de l’orphelin. Enzo, lui, a d’autres préoccupations… Mais « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » et notre super-héros romain va vite l’apprendre à ses dépens. Après quelques coups d’éclats qui se retrouvent sur internet, sa notoriété attire l’attention de truands des alentours et tout spécialement celle de Fabio, dit « Le Gitan », qui cherche à se faire une place de choix au sein de la Camorra.

À partir d’une trame classique, Gabriele Mainetti reprend à son compte les codes du film hollywoodien de super-héros en les croisant avec le polar. Dans cette optique, le jeune réalisateur s’appuie sur des personnages à l’ambiguïté saillante et sur un casting solide. D’un côté, Claudio Santamaria campe tout en retenue un héros taciturne et peu recommandable ; de l’autre, Luca Marinelli incarne avec intensité son alter ego malfaisant, véritable maniaque obsessionnel et ex-star de télé-réalité obsédée par la reconnaissance sociale.

À côté de quelques figures imposées du genre (comme la découverte par le héros de ses super-pouvoirs), On l’appelle Jeeg Robot dépeint avec crudité et mordant une certaine réalité politique et sociale. Mainetti a choisi d’ancrer son récit dans le réel au travers de thématiques réputées incompatibles avec un divertissement destiné au grand public. Difficile d’imaginer un super-héros s’attarder dans sa lutte contre le Mal et prendre aussi le temps de se préoccuper de la précarité dans des quartiers urbains délaissés, d’un certain sentiment de déclassement qui l’accompagne, du rôle ambivalent d’internet dans la circulation de l’information ou encore de la croyance aveugle dans un sauveur providentiel. On l’appelle Jeeg Robot se démarque donc des grosses productions à franchise et prend à contre-pied les aléas inhérents à d’une production à « petit budget » où l’utilisation parcimonieuse d’effets spéciaux est souvent de mise. Il choisit ainsi de mettre l’accent sur des enjeux propres au film ainsi que sur une articulation plus complexe du destin de ses personnages.

Bien loin des grattes-ciel des mégalopoles américaines, on trouve ici l’essence de ce qui constitue la « mythologie du super-héros » tout en laissant une place non négligeable à l’humour féroce des comédies italiennes – à l’image du célèbre Affreux, sales et méchants. Avec des ruptures de ton fréquentes, l’ambiance se fait tantôt violente tantôt feutrée, comme dans le très remarqué Romanzo Criminale. Cet équilibre parfois instable confère au film une certaine fraîcheur et marque une nouvelle étape dans une approche alternative du mythe des supers-héros, à la manière de quelques films américains tels que Super, Defendor et bien sûr Kick Ass.

Les grands studios américains ne sont d’ailleurs pas insensibles à cette mouvance, en témoigne le succès rencontré par Deadpool dont la suite est prévue pour 2018. A sa sortie en salle en Italie, On l’appelle Jeeg Robot avait dépassé le million d’entrées et avait remporté de nombreux prix (dont 7 David di Donatello, l’équivalent des César en Italie). Nous souhaitons un aussi beau succès au film en France, en espérant que cela redonne quelques couleurs au cinéma de genre en Europe.

Réalisé par Gabriele Mainetti. Nationalité : Italie. Scénario :  Nicola Guaglianone & Menotti. Avec Claudio Santamaria, Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli. Genre : action / comédie / science-fiction. Distribution :  Nour Films Relations médias. Durée : 1h52. Sortie en salles : 3 mai 2017.

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