MISSIONS : premiers pas prometteurs sur Mars

On en entend parler depuis des mois, impatients. Déjà début novembre, lorsque nous échangions avec Henri Debeurme au sujet de la dramédie Les Grands (diffusée sur OCS), il évoquait Missions, cette série de science-fiction également produite par Empreinte digitale pour la même chaîne. Que les Français aillent poser le pied sur le terrain de la science-fiction, voilà qui avait de quoi intriguer, réjouir, effrayer ! Un petit pas pour l’homme, mais chez nous un grand pas pour la télé. Nous avons découvert les quatre premiers épisodes et ne sommes pas déçus du voyage…

Nous voilà donc embarqués à bord d’un vaisseau spatial avec une fine équipe à destination de la planète Mars. Après dix mois de voyage, l’arrivée sur la planète rouge se fait non sans heurt et, surtout, avec la frustration d’avoir été devancé par un équipage concurrent en provenance des États-Unis. Au petit jeu de la course à la technologie, les Européens se sont faits doublés à plate couture pendant leur long trajet. Le rebondissement peut paraître gros, mais l’effet coup de théâtre est assumé, chargé d’ironie. Car la vraie question n’est pas là (et puis on le sait bien, la vérité est ailleurs hein…). En effet les astronautes américains ne donnent plus signe de vie et les Frenchies se voient contraints de jouer les sauveteurs contre leur volonté. Jusque là, rien de nouveau dans le système solaire du genre… Mais le débarquement martien s’avère encore plus complexe que prévu. La première sortie de terrain confronte les astronautes à une étrange découverte : la présence d’un cosmonaute russe présumé mort lors d’une mission en 1967. Plus surprenant encore, le rescapé a toujours l’air d’avoir quarante ans et semble tout ignorer de son destin lors des cinquante dernières années.  Pour l’anecdote Vladimir Komarov serait le BFF de Youri Gagarine. Ça donne le ton. Missions joue des grandes heures de la course aux étoiles et fait des clivages USA/URSS d’antan une mythologie à la fois réaliste et ironique. Deux termes qui forment l’ADN de la série.

Missions - OCS

A partir de là, le mystère de Missions s’épaissit et l’art du cliffhanger se déploie. Le challenge du show est de se vouloir crédible dans l’approche de son sujet. Comme le rappelle la comm’ sur la série, ce n’est pas la première fois que des Français s’emparent de la science-fiction (de Méliès aux Nuls en passant par Vadim), mais la particularité du projet Missions serait de prendre le sujet au sérieux. Exercice périlleux tant notre mémoire est d’abord marquée par une imagerie américaine, quelle soit cinématographique ou sérielle, quand il s’agit de space opera. Missions connaît les classiques, se laisse infiltrer par tous ces souvenirs pour mieux les tenir à distance et trouve sa propre voix/e en distillant des pointes d’humour, très mesurées mais habiles. Ces bouffées d’oxygène dans un univers parfois claustrophobique (vaisseau oblige) est porté en particulier par les personnages de Wiliam Meyer, le milliardaire « qui a dépensé sans compter » tel un démiurge spielbergien pour réaliser son rêve d’ailleurs, et  son jeune informaticien tout droit échappé d’une série de Joss Whedon (devoirs pour cet été chers lecteurs : (re)voir Firefly). Quand le premier épisode de Missions laisse craindre un terrain glissant, les suivants viennent affirmer que le défi du genre est relevé avec succès.

Si on fait la fine bouche, on pourra trouver certaines ficelles d’écriture un peu épaisses. Pour faciliter notre entrée dans le vaisseau, nous sommes guidées par la psy de l’équipe, Jeanne Renoir, qui vient décrypter les comportements des passagers et dont l’ignorance technique vient doubler celle du spectateur.  Son regard organise la plongée dans un univers choral, ce qui s’avère utile mais parfois un peu artificiel. Certes l’effet s’explique par le passage obligé d’une phase d’exposition… dont on sent donc les coutures. Reste à voir la suite, car le quatrième épisode nous laisse justement sur une scène qui va faire dérailler le destin de cette héroïne féminine et peut largement changer la donne. Et cette réserve exprimée, arrivons à l’essentiel : Missions réussit le pari d’être un show spectaculaire. Les intérieurs ont été tournés dans un studio de La Rochelle, où l’équipe de décoration a réalisé un travail assez bluffant dans la construction du vaisseau spatial. Les extérieurs tournés dans le désert marocain pour figurer Mars permettent à l’imagination de s’embraser. La région Centre a servi de décor pour figurer la Russie des années 1960 et certaines plaines martiennes. L’usage d’effets spéciaux en full 3D comme de maquettes vient parachever le réalisme visuelle d’une petite série qui a tout d’une grande.

Missions. 10×22 minutes. Créée par Henri Debeurme, Julien Lacombe et Ami Cohen. Écrite par Julien Lacombe et Ami Cohen. Réalisée par Julien Lacombe. Produite par Raphaël Rocher & Henri Debeurme. Une production Empreinte Digitale. Avec la participation de OCS. Diffusion dans le cadre du Festival Séries Mania, puis sur OCS City à partir du 1er juin 2017.

Prochaines diffusions Séries Mania :
► MER 19.04 À 9H30 À L’UGC CINÉ CITÉ LES HALLES
► MER 19.04 À 19H À L’UGC CINÉ CITÉ ROSNY, suivi d’un débat avec l’équipe artistique
Réservations en ligne

 

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Carole Milleliri

Carole Milleliri

À dix ans, Carole est sûre d’une seule chose : l’unique endroit où elle se sent bien, c’est dans une salle de cinéma. Peu après, elle tombe aussi dans le bain des séries avec The X-Files, puis plonge littéralement avec Buffy The Vampire Slayer. Aujourd’hui, elle partage son temps entre enseignement, critique, programmation et écriture de scénarios.

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