MÊME PAS MAL : Caméra à fleur de peaux

Dès les premières minutes, Jérémy Trequesser et Maxime Roy (le duo de réalisateurs aux manettes) nous placent au coeur de leur sujet : la douleur, éprouvée et infligée par les autres et par soi-même. Prise en étau entre les corps et leurs désirs, leur caméra nous présente tour à tour les protagonistes de ce film choral. Un premier long métrage qui laisse la voie libre à un casting de talentueux jeunes comédiens. Mais si Même pas mal jouit de qualités de mise en scène et d’une direction d’acteurs indéniables, le film pêche un peu côté scénario.

Après une première séquence mystérieuse bercée par une voix off un poil philosophique, le spectateur embarque sur une péniche parisienne avec vue, arène du film et symbole des amitiés et des amours blessés d’une bande de potes. Béa (surprenante Elsa Guedj), la maîtresse des lieux, s’apprête à tous les recevoir. Contrairement à Greg (Guillaume Pottier), son squatteur du moment, Béa est à cran à l’idée d’accueillir cette soirée. Un caractère qui se révèle constant et qui va précipiter les crises de nerfs de ses convives. Ça, et les douzaines de bières ingurgitées. Mais cette longue séquence de retrouvailles, bien que pratique pour nous présenter chaque membre du groupe, n’est qu’une introduction à la vraie raison de la sauterie : le retour de Tina (Tatiana Spivakova). Et le spectateur, désormais invité à part entière, de se sentir également ému devant le déferlement de larmes et de cris de joie provoqués par son entrée fracassante.

Surtout, ce premier acte festif nous confronte à la mise en scène hautement chorégraphiée de Même pas mal. Au gré d’une soirée typiquement parisienne, les fumeurs tiennent des discours sur la santé tout en tirant nerveusement sur leurs clopes et le plat de pâtes de 3 heures de matin tourne à l’exercice de style. Les dialogues – contrairement aux pâtes – y sont savoureux. Et la caméra les capte en se mouvant à la manière d’un observateur à tendance voyeuriste. Les gros plans sur les visages et les corps se succèdent avec fluidité et maîtrise tandis que nous entrons, non sans envie, dans ce ballet de chair et d’émotions.

Pourtant, le récit de Même pas mal s’essouffle vite. Car une fois la fête terminée et les présentations faites, les séquences du film se suivent et finissent par toutes se ressembler. Mise à part la rencontre plutôt poétique entre Greg et Violette (Viktoria Kozlova) – une jolie russe de passage à Paris – au détour d’une pompe à essence, les histoires amoureuses et charnelles des personnages frisent presque la caricature. Bien qu’attachante, cette équipe de trentenaires privilégiés peut finir par agacer tant leurs histoires de cœur et de coucheries manquent de conflits réels. Leur souffrance, bien que magnifiée par une photographie irréprochable, en devient risible. Et c’est peut-être justement ce que Même pas mal a l’intention d’exprimer : l’absurdité qui se terre derrière nos blessures narcissiques. On se met alors à questionner nos propres souffrances existentielles, et à les trouver (une fois encore) puériles et sans fondement. Aïe !

Même pas mal, de Jérémy Trequesser et Maxime Roy avec Elsa Guedj, Guillaume Pottier, Franck Buirod, Viktoria Kozlova, Tatiana Spivakova, Loïc Riewer, Nouveau Cri Distribution, 1h32. Disponible depuis le 19 février 2018 en VOD

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