MASTERS OF HORROR : French Luminor Story

Nouvelle venue dans la programmation de Séries Mania, la section « culte » célèbre les séries d’antan et permet de faire (re)découvrir certains joyaux du petit écran. À l’occasion d’une nuit marathon au Luminor, le festival parisien porte son choix sur une anthologie bien connue des fans d’horreur : Masters of Horror.

Initiée en 2005 par Mick Garris, pour la chaîne Showtime, Masters of Horror durera le temps de deux saisons, inégales certes, mais riches en propositions et expérimentations. L’idée brillante de Garris (spécialiste ès adaptations télévisées de Stephen King) est de réunir de vieux briscards et jeunes pousses de l’horreur mondiale et de leur donner carte blanche pour raconter une histoire horrifique en une heure.  Deux contraintes de poids accompagnent cette liberté artistique : un budget réduit et un nombre de jours de tournage limité. Habitués à la débrouille, de nombreux réalisateurs répondent à l’appel dont Joe Dante, Dario Argento, Tobe Hooper, Stuart Gordon, Lucky McKee, mais aussi les deux John – Landis et Carpenter.

Cette nuit marathon, programmée par Wilfried Jude, évacue volontairement certains des épisodes les plus connus : Homecoming de Joe Dante, satire féroce sur la guerre en Irak, le très réputé Jenifer, sauvagerie sans limites signée Dario Argento, ainsi que deux histoires mises en scène par « Big John » Carpenter. La programmation s’intéresse plutôt à des œuvres moins connues, comme le réussi Pick Me Up de Larry Cohen, variation malicieuse sur le thème de l’auto-stoppeur, ou moins souvent citées (The Screwfly Solution de Dante, The Washingtonians de Medak, Pelts d’Argento ou Family de Landis). En regardant les huit petits films proposés à la suite, il apparaît évident que, comme tout exercice anthologique de ce type, la qualité varie de l’un à l’autre. Certains accusent le poids des années et, au mieux, font grincer des dents. Malgré cela, le côté assurément sincère et sympathique de l’entreprise emporte l’adhésion et deux films sortent grandis de la séance : Imprint de Takashi Miike, qui avait dû affronter les foudres de la censure à l’époque et garde depuis une aura sulfureuse, et Dance of the Dead de Tobe Hooper, leçon de mise en scène virtuose qui n’a rien à envier au padawan Rob Zombie.

Masters of Horror, conçue sur les modèles anthologiques du style Night Gallery ou Tales From The Crypt, est un vivier d’idées et d’envies pour une horreur intelligente et respectueuse. C’est une grande messe noire qui bénéficie du savoir-faire de maîtres du genre et raconte d’obscures histoires, imaginées d’après la crème des écrivains horrifiques (Richard Matheson, Clive Barker, Joe R. Lansdale, Lovecraft, F. Paul Wilson, etc.). Même si la réussite n’est pas toujours au rendez-vous, l’existence même de la série procure la satisfaction d’explorer des formes et des traitements jusqu’au-boutistes, voire extrêmes, peu vus sur petit écran. Sans oublier la dimension jubilatoire qu’il y a à se faire peur le temps d’une histoire. En cela, une Nuit Marathon horrifique est une idée particulièrement judicieuse et une seule envie nous traverse de nouveau l’esprit : quand sera programmée la prochaine ?

Julien Savès

Julien Savès

Julien Savès a plusieurs robots à son effigie et un ou deux jumeaux maléfiques pour lui permettre de mener à bien toutes les activités dans lesquelles il a décidé de se lancer un soir de grande beuverie. A la fois producteur et réalisateur pour la structure de production indépendante Broken Production, créateur et co-directeur du festival multiculturel BD6Né, il s'adonne déjà à plusieurs activités journalistiques au sein de Format Court et Distorsion, ce qui ne l'a pas empêché de rejoindre le giron "malfaisant" de Clap! dont il alimente le côté obscur.

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