Marilou Berry : « Il y a encore du snobisme au sujet de la comédie »

Pour évoquer la sortie en DVD de sa première réalisation, la comédie rythmée et générationnelle Joséphine s’arrondit, Marilou Berry s’est confiée à Clap!. La comédienne, désormais réalisatrice, revient avec nous sur ses influences, ses idoles et ses projets.

Comment est venue l’envie de réaliser ce deuxième volet des aventures de Joséphine ?

Pour moi, ça fait partie de mon métier d’actrice, tout simplement. C’est une continuité logique qui est en moi depuis que je suis comédienne et j’aime autant la direction d’acteurs, la direction artistique… Choisir dans quel environnement un personnage va évoluer, dans quels décors, avec quel costume, avec qui, tout cela est très relié pour moi à la création d’un personnage et c’est quelque chose qui était là et que j’avais très envie de faire. J’étais déjà sur l’écriture de mon premier film en tant que réalisatrice, qui sera donc mon deuxième, quand on a tourné le premier Joséphine. Le producteur et moi avons parlé de mon premier film et on s’est dit que cela serait bien que je réalise la suite si on en faisait une. Quand il m’a appelé, cela m’a paru vraiment intéressant de faire grandir ce personnage-là, que j’aime beaucoup, qui est proche de moi, que j’avais envie de développer d’une autre manière, de voir différemment. Et puis le sujet de la grossesse, de la parentalité, de l’amour dans le couple, sont des choses dont on parle peu au cinéma sous l’angle de la comédie et je pensais qu’il y avait vraiment quelque chose à faire sur ma génération, les trentenaires. Le dernier film drôle sur la grossesse c’était 9 Mois (Patrick Braoudé, 1994), c’est en tout cas le seul qui était une vraie comédie. J’avais plein de choses à raconter, plein d’angoisses personnelles ! On a gardé de la BD d’origine surtout l’idée de cette « girl next door » chiante et sympathique.

L’idée de se lancer dans la réalisation avec une suite, c’était un défi ?

Oui, faire une suite c’est toujours compliqué. Mais comme le premier Joséphine n’a pas fait 4 millions d’entrées mais plutôt 600 000, on n’avait pas cette pression. Il y avait une marge de progression réaliste. Et il y avait tellement de choses à raconter qui n’étaient pas de l’ordre du déjà-vu, tant de clichés – j’adore les clichés – avec lesquels jouer ! Il fallait vraiment que je réalise pour continuer à avoir envie d’être comédienne, à prendre plaisir à être dirigée. Je suis une actrice avant tout et je ne me verrais pas réaliser un film dans lequel je ne joue pas un rôle important. Cela me permet de réaliser également mon personnage. Je me sentirais terminée, finie, pas mise en lumière ! Réaliser n’est qu’un vecteur pour jouer la comédie !

Vous avez débuté dans des films tels que Comme une image ou La Première Fois que j’ai eu 20 ans en 1994, puis vous vous êtes frottée à des comédies plus populaires. Cette frontière existe-t-elle encore fortement dans le cinéma français ?

C’est vraiment pas facile. Ma chance, c’est d’être difficilement « cataloguable » parce que j’ai commencé avec 25 kilos de plus et il y avait peu de comédiennes pour de tels rôles. Et puis j’ai changé, mais en même temps je ne suis pas dans les « jolies filles ». Il y a quelque chose d’intéressant dans cette nouvelle génération de Florence Foresti, Bérangère Krief qui sont plus des « girls next door » et qui sont moins étiquetées « la belle qui joue la femme du rôle principal » ! Mais cela reste difficile car les gens, et même ceux du cinéma, ont oublié que j’ai commencé en jouant dans des films d’Agnès Jaoui. Pour le métier, je suis une actrice de comédie et les producteurs sont des banquiers qui investissent de l’argent qu’on veut bien leurs donner et qui veulent refaire ce qui a marché, c’est normal. Les gens qui aiment la glace à la fraise, ils ne vont pas s’aventurer à faire de la glace à la pistache ! Donc autant refaire une glace à la fraise… Et elle peut être très bonne, cette glace à la fraise.

Joséphine s'arronditMarilou Berry, un chat – Génération paumée ? (Joséphine s’arrondit)

Mais vous n’avez pas des envies de pistache de temps en temps ?

Bien sûr que j’ai des envies de pistache et c’est ce que permet la télé. J’ai pris un grand plaisir à tourner dans Accusé, où j’avais un rôle différent, très noir, très simple, très sobre. La télé permet plus de choses car les investissements ne sont pas les mêmes, on peut prendre plus de risques. En même temps, je suis ravie de faire des comédies, j’aime ça. Mes films préférés sont d’ailleurs des comédies, même si j’adore Husbands (John Cassavetes, 1971). Frankenstein Junior (Mel Brooks, 1975) est un de mes films cultes ! Il y a encore beaucoup de snobisme au sujet de la comédie, c’est moins glorieux, c’est rarement représenté à Cannes, aux César, mais ce n’est pas grave. Pour moi le plus important, c’est de rencontrer le public. J’ai pas le César mais j’ai le « Prix du Ticket » ! Et je suis très fière d’avoir incarné des personnages qui marquent les gens dans Nos Jours heureux, Vilaine, Il était une fois dans l’Oued ou Joséphine ! Ce sont des films qui sont très importants pour moi.

On parlait des « girls next door », quelle est la plus marquante pour vous dans le cinéma français ?

Il y en a pleins, mais l’image a tellement évolué ! Catherine Deneuve, dans son genre, était une girl next door. À l’époque, elle a incarné tellement de personnages, tellement de femmes, que ce soit dans Répulsion (Roman Polanski, 1965 ), dans Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1967) ou même quelques nanars. C’est une actrice que j’adore, qui est grandiose dans les comédies et qui a une vraie intelligence dans ses choix. Mais dans les années 70, la girl next door n’existait pas vraiment, c’était une femme très fantasmée et absolument parfaite !

Et ce fameux deuxième film ?

On est encore en écriture, donc il verra peut-être le jour dans 3 ans, ça s’appelle Ovni. Un film sans extraterrestres réalisé par Stéphane Debac et moi, joué par Stéphane Debac et moi, entre autres. Avec Stéphane, on est très fans de films de genre et on a un peu oublié en France qu’on était très doués pour en faire. Il y a des modes. La comédie romantique en France, personne ne voulait en faire car ça ne marchait pas et puis il y a eu L’Arnacoeur (Pascal Chaumeil, 2010) et tout le monde a voulu en faire ! Toutes les chaînes l’avait refusé et c’est ce film qui a rouvert la voie de la comédie romantique populaire française. Nous, on veut faire une comédie d’aventures ! Quand je vois La Chèvre (Francis Veber, 1981) ou Twist again à Moscou (Jean-Marie Poiré, 1986), on a été capable de faire des comédies d’aventures à la française, alors pourquoi pas s’y remettre !

Propos recueillis par Franck Finance-Madureira

Joséphine s’arrondit, de et avec Marilou Berry. Et avec Mehdi Nebbou, Medi Saddoun, Bérangère Krief, Vanessa Guide. Disponible en DVD chez UGC Vidéo et en VOD.

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