Logan : La passion de la griffe

Troisième aventure en solo pour le mutant griffu, Logan redonne enfin ses lettres de noblesse à l’un des personnages préférés de la saga des X-Men, le dénommé Wolverine. Maîtrisé et sans fioritures, le film de James Mangold fait vivre à son héros un véritable chemin de croix sanguinolent, au cours duquel il retrouvera foi en sa fibre super-héroïque. Une résurrection avec les formes pour un mutant habitué aux coups durs et à la cicatrisation.  

N’en déplaise aux détracteurs du genre, le film de super-héros, comme on l’appelle communément, permet aussi de développer, dans une narration aux contours très codifiés, plusieurs thématiques et idées qui ne relèvent pas d’une énième guerre terrestre ou galactique entre le bien et le mal. La saga des X-Men en est un exemple frappant. Débutée à l’orée des années 2000, ce divertissement populaire de qualité a notamment permis à Bryan Singer de traiter les thèmes du rejet, du racisme et du manque de confiance en soi. Dès le premier film liminaire, le singulier Wolverine, mutant quasi indestructible au squelette et aux griffes en adamantium, émerge aux yeux du grand public et révèle Hugh Jackman dans une performance survoltée. Presque deux décennies plus tard et après une dizaine de films en lien avec la saga, Hugh Jackman souhaite raccrocher « les griffes » ou en tout cas donner une belle sortie au personnage à qui il a prêté ses traits pendant toutes ces années. Il fait donc de nouveau appel à son ami James Mangold (Wolverine : Le Combat de l’immortel) pour lui offrir une troisième et dernière aventure, en y apportant le plus grand soin et faire oublier deux épisodes en demi-teintes, dont un premier franchement raté. Cette envie commune va donner Logan.

Très librement adapté du célèbre arc narratif en comics Old Man Logan de Mark Millar et Steve McNiven, Logan n’en utilise finalement que le décorum futuriste et l’idée de base d’un Wolverine vieux et usé, et va plutôt piocher dans divers autres éléments constitutifs de la saga mutante (Donald Pierce et les Reavers, Caliban, X-23, etc.). L’action se situe en 2029. James Howlett, communément appelé Logan, a délaissé son nom de code de super-héros Wolverine pour se fondre dans la masse et devenir chauffeur privé de limousine. Les X-Men n’existant plus, les mutants rescapés se cachent, fatigués, fragiles, en proie à leurs démons et leurs blessures. À la frontière mexicaine, retranchés dans un complexe abandonné, Logan et le mutant albinos Caliban s’occupent du Professeur Charles Xavier. L’ancien mentor et ultime protecteur du gène X est aujourd’hui un nonagénaire victime d’une maladie neuronale dégénérescente et dangereuse pour tous, à cause de ses grandes facultés télépathiques. Logan fait profil bas et économise pour partir ailleurs, mais le destin et son passé le rattrapent en lui mettant dans les pattes une enfant, une jeune mutante du nom de Laura (X-23) poursuivie par une faction gouvernementale armée qui veut à tout prix s’en emparer. Partagé entre son devoir héroïque « régénéré » et une furieuse envie de fuir en abandonnant tout, Logan va traverser plusieurs étapes rédemptrices pour raviver à nouveau la flamme et le mythe.

Le film utilise une structure narrative simple, linéaire, qui épouse la forme d’une fuite en avant éperdue et adopte les oripeaux du western moral. Le canevas reste classique : un héros vieux, blessé dans sa chair qui va devoir se surpasser une dernière fois, l’histoire d’une rédemption, d’un accomplissement, le cheminement difficile et endurant d’un personnage complètement perdu qui cherche de nouveau à croire en ses facultés spéciales pour changer le monde. Le mythe de la résurrection du Héros à l’américaine, pratiqué sans fard et avec sincérité. Logan n’utilise aucune distanciation humoristique et ne fait preuve d’aucun cynisme postmoderne. Le film se veut sérieux, volontairement sauvage et très violent pour coller à la mythologie du personnage. Un blockbuster au savoir-faire prégnant, ramené à échelle « humaine » et privilégiant un spectacle « modeste », au doux parfum rétro.

Logan ne cherche pas à révolutionner le genre et s’inscrit plutôt dans une démarche de classicisme assumé et maîtrisé. Là où le film tire son épingle du jeu, c’est dans le traitement de ses personnages, notamment celui de Wolverine. En effet, celui-ci possède un avantage, il a une résonance particulière auprès du spectateur, car il est l’un des super-héros auquel on réussit le plus à s’identifier, par ses défauts très humains, ses doutes constants en rapport à son statut de héros et son autodestruction palpable. Le « griffu » n’a jamais été aussi diminué et en proie au doute que dans cet opus, et l’on souhaite par-dessus tout qu’il récupère pour le voir revenir dans la danse. Sa relation avec Laura, la jeune mutante, et le Pr Xavier, les deux autres personnages les plus travaillés du film, l’enrichit considérablement. De plus, pendant toutes ces années passées sur le personnage, l’interprétation fidèle et l’investissement physique de Hugh Jackman ont amélioré son capital sympathie. Il en est même venu à mimer, malgré sa plus grande taille, le corps singulier, trapu et hypertrophié du Wolverine original et ne faire qu’un avec lui dans notre inconscient. Sans sortir du chemin logique et parfois balisé du mythe super-héroïque, Logan conclue la saga avec déférence et offre le plus bel écrin qui soit à ce héros définitivement unique.

Réalisé par James Mangold. Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen… Etats-Unis. 2h17. Genres : Action, Science-fiction, Aventure. Distributeur : Twentieth Century Fox France. Sortie le 1er mars 2017.

Julien Savès

Julien Savès

Julien Savès a plusieurs robots à son effigie et un ou deux jumeaux maléfiques pour lui permettre de mener à bien toutes les activités dans lesquelles il a décidé de se lancer un soir de grande beuverie. A la fois producteur et réalisateur pour la structure de production indépendante Broken Production, créateur et co-directeur du festival multiculturel BD6Né, il s'adonne déjà à plusieurs activités journalistiques au sein de Format Court et Distorsion, ce qui ne l'a pas empêché de rejoindre le giron "malfaisant" de Clap! dont il alimente le côté obscur.

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