Les Invisibles : critique

la normalité, elle est nulle part…ou partout !
 
Tarlouzes, pédales, taffioles, goudous, colleuses de timbres …. Depuis toujours, gays et lesbiennes se disputent avec Arabes et Noirs le nombre de termes péjoratifs. Avec l’arrivée de Hollande au pouvoir et ses promesses liées au mariage pour tous et à l’adoption par les homosexuels, sont sortis du placard intégristes Musulmans, Juifs, Catholiques et autres. Et ce qu’il y a de bien, au moins, avec l’homophobie, c’est qu’elle fédère …On a ainsi pu voir ces dernières semaines quantités d’extrémistes, capables miraculeusement de s’entendre contre un ennemi commun: l’Homosexualité, qu’ils ne comprennent pas (ou qu’ils ne comprennent que trop bien en réalité, ces coquinous). Chaque jour déverse son lot de « fascisteries » nauséabondes: l’Union des organisations islamiques de France voit dans le mariage gay un « risque de zoophilie »; Serge Dassault pense que l’homosexualité est « une des raisons de la décadence de la Grèce »; les joyeux lurons de Civitas manifestent contre le mariage gay et s’en prennent violemment aux membres de l’association féministe Femen ….
 
C’est dans cette bonne ambiance que sort en salle Les Invisibles de Sébastien Lifshitz (Plein Sud, Presque rien), documentaire d’utilité publique. Le réalisateur y fait le portrait de personnes âgées, nées entre les années 30 et 50, homosexuelles. Si la sexualité des vieux est très peu traitée dans les médias, voire presque tabou, alors l’homosexualité des personnes âgées, vous pensez…! Choix courageux du documentariste donc, qui recueille des confessions de quelques personnages hauts en couleur. Tel ce paysan nonagénaire qui avoue s’être découvert homosexuel à l’âge de 14 ans, lors d’une relation consentie avec un homme de 60 ans. Cet acte pédophile à son encontre, il l’explique de manière très détachée, affirmant avoir apprécié. Le grand âge des personnes interviewées leur donne une sorte de détachement, de philosophie et tous parlent sans entrave de leur vie amoureuse, assénant quelques vérités avec malice ( » .. mais quelle normalité? la normalité, elle est nulle part …ou partout ». Pas mieux, fermez le banc.) Et tous se révèlent attachants, à travers leur histoire si particulière d’homosexuels dans les années 40, 50, 60…, alors que l’homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale, comme le rappelle douloureusement l’un d’entre eux (elle le sera d’ailleurs jusqu’en 1992 !!!): l’une a été rejetée par sa mère; l’autre a dû démissionner; l’un a été sauvé de l’alcoolisme par sa rencontre avec un homme ….Puis à la faveur des grandes avancées sociales du XXème siècle et de mai 68, les « invisibles » ont pu devenir visibles, s’affirmer et se montrer, cette révélation publique étant vécue comme une délivrance. Les interviews face caméra sont entrecoupées de plans de campagne, d’animaux, mais aussi d’images d’archives, notamment de 1968 où l’on peut voir des homosexuels voulant jouer un rôle actif dans la révolution, ne se sentant pas acceptés par la société. Une manifestante dit  » s’ils (les homophobes) nous détestent tellement, c’est parce que c’est eux qui nous ont faits … » Imparable.
 
Lifshitz, dans son documentaire, fait le portrait de personnes épanouies, bien dans leur peau et très attachantes mais qui, finalement, ne semblent pas vraiment avoir connu trop de difficultés. C’est un parti pris (il a choisi de montrer le bonheur) mais peut-être le film aurait-il été plus fort s’il s’était attaché à décrire à quel point l’homophobie peut être violente et prendre des formes multiples (discriminations à l’embauche, insultes, agressions…). D’autre part le film se frotte forcément à la limite du genre du documentaire à message: il prêche des convertis et a peu de chances de pousser les forcenés divers et variés à reconsidérer leur position.
Mais, après Les nouveaux chiens de garde et A l’ombre de la République, Les Invisibles démontre une nouvelle fois la bonne santé du documentaire en France.
Sélection officielle hors compétition au Festival de Cannes 2012. Sortie salle: 28 novembre 2012. Film français de Sébastien Lifshitz. Catégorie: documentaire. Nationalité: française. Durée: 1h55. Distributeur: Advitam
 

Sébastien Normand

Sébastien Normand

Si Sébastien s’accommode tant que bien que mal de Facebook, il se méfie à mort de touitteure, copindavent, linquedine, maillespace et de (sky)net en général et se trouve fort marri face a cette rubrique de présentation. Rebelle? Gros con? Petit con? Parano? On ne le saura jamais.

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