Le Cancre de Paul Vecchiali : drama queens

Contempler une dernière fois la beauté des muses adorées, voir la mer et mourir. Après le mélo choral C’est l’amour, Paul Vecchiali signe à 85 ans un film-testament lucide, touchant et apaisé, bien que traversé par le spectre de la fin imminente.

L’auteur, adorateur de longue date de Vénus décadentes mais toujours vénérables, et son double pansexuel Rodolphe, amant à la retraite, résigné et mélancolique, réveillent les amours d’un passé qui (heureusement) continue d’habiter leur présent. Un passé peuplé d’icônes féminines, des queens sans lesquelles il n’y aurait jamais eu de dramas : Catherine Deneuve, Annie Cordy, Françoise Lebrun, Françoise Arnoul, Édith Scob, Marianne Basler. Bercé par les vagues d’une mémoire fragmentée mais non sélective, l’auteur de Femmes, femmes esquisse en définitive l’élégie douce et sereine de son propre cinéma, un cinéma qui flirte encore et toujours avec le haut et le bas, le bon et le mauvais goût, et qui aujourd’hui peut se permettre d’afficher son orgueilleuse inactualité. Libre de toute contrainte, épousant la sagesse dont seuls les hommes qui ont aimé sans conditions, règles et codes peuvent se vanter. Ces hommes n’ont plus rien à perdre car ils ont déjà tout eu. Ils n’ont (plus) peur de rien, ni du ridicule, ni de la disparition. Et ils ne regrettent rien. Le désir nous dépasse et nous survivra, seul objet de valeur à transmettre à nos amants fugitifs ou réguliers.

Texte initialement publié dans le magazine Clap! #10

Le Cancre. Réalisé par Paul Vecchiali. Écrit par Noël Simsolo et Paul Vecchiali. Avec Pascal Cervo, Paul Vecchiali Paul, Catherine Deneuve, Annie Cordy, Françoise Lebrun, Edith Scob… Distribution : Shellac. Durée : 1h16. En salles le 5 octobre 2016.

 

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