L’autre côté de l’espoir : sourire face à l’adversité

Cinq ans après Le Havre, le Finlandais Aki Kaurismaki revient sur la question migratoire qui continue de peser sur l’Europe. Pourtant grave et douloureuse, le réalisateur de l’Homme sans passé (Grand Prix à Cannes en 2002) décide de la traiter de façon décalée, avec humour. S’engager par le rire : une ambition souvent périlleuse que L’autre côté de l’espoir atteint avec tact et poésie.

« Ne souris pas dans la rue, t’aurais l’air fou ». Voici le conseil que Khaled Ali, réfugié syrien, reçoit de son nouvel ami lorsqu’il débarque à Helsinki dans un centre de rétention pour migrants. Des sourires, il n’en a effectivement pas beaucoup vus depuis qu’il s’est extirpé d’une cargaison de charbon pour aller demander l’asile au premier poste de police. Et puis, son sourire, Khaled l’a de toute façon perdu depuis que toute sa famille s’est fait décimée par les bombes à Alep et qu’il a été séparé de sa sœur au cours de son long périple. Il le retrouvera pourtant partiellement lorsqu’il rencontrera Wikhström, qui, lui, a tout plaqué (femme comprise) pour réaliser son rêve d’ouvrir un restaurant.

Telle est la première question que pose L’autre côté de l’espoir : celle du choix, de la volonté de changer de vie. Sauf que contrairement au personnage de Wikhström (interprété par Sakari Kuosmane, vieux partenaire de Kaurismaki) qui peut jouer son avenir à une table de poker, celui de Khaled (Sherwan Haji) est contraint à la froideur bureaucratique. En attendant la décision qui lui permettra – ou non – de rester en Finlande, il ne peut « ni avancer, ni reculer ». Un discours engagé donc, que Aki Kaurismaki prononce sur un ton mélancolique et lyrique dont il a le secret et qui n’est pas sans rappeler le cinéma d’un Jim Jarmusch ou d’un Wes Anderson.

L’autre côté de l’espoir - Aki Kaurismaki

Mais la patte Kaurismaki, c’est aussi une esthétique singulière de l’image et une gamme sonore qui viennent servir un parti pris assumé. Bien que dilué dans la cocasserie et l’humour, l’engagement du réalisateur ne quitte jamais l’écran. Sa mise en scène ne cesse de guider (peut-être un peu trop) le spectateur sur ce qu’il doit regarder de plus près. La caméra ne laisse que peu de choix quant à l’empathie ressentie vis-à-vis de Khaled. Une empathie d’autant plus renforcée lorsqu’on découvre chez lui aussi l’humour pince sans rire caractéristique de l’écriture du cinéaste finlandais (et des nordiques en général). Aki Kaurismaki se moque des situations grotesques que peuvent entraîner la prise en charge d’un réfugié. Comme lorsque Wikhström et son équipe de bras cassés se voient obligés de faire rentrer Khaled, un chien dans les bras, à l’intérieur des toilettes d’un restaurant pour les cacher tous les deux de l’inspection sanitaire. La critique de la bureaucratie est partout dans L’autre côté de l’espoir et donne lieu à des scènes tantôt drôles tantôt dures. Le visage impartial, sans émotion renvoyé à Khaled lorsqu’il décrit l’horreur de son quotidien en Syrie avant d’arriver à Helsinki glace et interroge. À cela s’ajoutent une image rétro (donc intemporelle) et une musique diégétique (donc ancrée dans le réel) qui donnent une couleur nostalgique homogène sur fond de morosité.

La force de L’autre côté de l’espoir, outre la belle performance de ses comédiens, se trouve dans ce subtil mélange d’humour et de gravité pour parler d’un sujet éminemment sensible. Dénoncer le désengagement européen sur la crise des migrants (seule l’Allemagne de Merkel est sauvée) tout en reconnaissant la solidarité de certains. Un film qui nous met face à notre péché d’indifférence tout en nous priant de ne pas céder au pessimisme ambiant. Mort au cynisme, vive l’espoir !

L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismaki. Avec Sakari Kuosmanen, Sherwan Haji, Ilkka Koivula, Janne Hyytiäinen, Nuppu Koivu, Tommi Korpela et Simon Al-Bazoon. Durée : 1h40. Nationalités : Finlande – Allemagne. Distributeur :Diaphana Distribution. Ours d’argent à la Berlinale 2017. Sortie le 15 mars 2017. 

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