La Vengeresse : born to be wild

Nous l’avions quitté sensible, aérien, sublimé par la musique entêtante de Nicole Renaud. Avec La Vengeresse, le cinéma de Bill Plympton nous revient sous la forme d’un pulp enragé, digne héritier de la contre-culture américaine incarnée avec malice par Ralph Bakshi, Gilbert Shelton et Robert Crumb.

Franc-tireur du cinéma d’animation, Bill Plympton n’a eu de cesse de créer, année après année, des dessins animés pour adultes. C’est donc tout naturellement que sa route l’a conduit à rencontrer Jim Lujan, l’un des portes étendards du cinéma underground et l’une des stars montantes de la chaîne Adult Swim, le meilleur bastion de l’animation pour adultes aux Etats-Unis. L’histoire est belle : un DVD de films donné au maître par le jeune apprenti lors d’une convention. Un DVD mis de côté sur une grande pile de films qui s’amassent, puis ce même DVD vu lors d’un jour de repos. Le maître est conquis, il contacte le jeune Jim et lui propose de réaliser un film à quatre mains. Le projet La Vengeresse est né !

Face-de-mort est un politicien véreux, ancien catcheur et loubard au passé trouble. Lana, jeune motarde mystérieuse motivée par une vendetta personnelle, lui dérobe un document pouvant l’incriminer. Il lance alors à sa poursuite plusieurs chasseurs de primes, avec ordre de lui ramener coûte que coûte cet objet compromettant. Construit sur le canevas classique de l’histoire de vengeance à la sauce américaine, La Vengeresse n’a pas vocation à révolutionner un genre ou à théoriser, dans un élan postmoderne, sa dimension d’œuvre pop. Le film assume complètement la simplicité de son histoire et cherche seulement à divertir son spectateur, sans cynisme, avec une galerie de personnages improbables et de situations grotesques.

La Vengeresse

Rock, sauvage, naviguant à vue entre le Tarantino période Kill Bill et le Russ Meyer bis revendiqué, La Vengeresse s’éloigne de la verve mélancolique et poétique que Plympton avait fait sienne dans ses deux derniers longs métrages (Des Idiots et des anges et Les Amants électriques), au profit d’un style direct et aisément identifiable. L’aura certaine des œuvres de Plympton et son supplément d’âme s’en trouvent sans doute dilués, mais l’amusement et le ton irrévérencieux sont bel et bien présents. Peut-être que la clé du film est à chercher du côté de l’hommage appuyé à cette aptitude de la contre-culture américaine à utiliser des formes marginales et puériles pour secouer les conventions sociales et politiques. En éternel sale gosse de l’animation, Bill Plympton a trouvé en Jim Lujan un jeune collaborateur digne de ses folies, et ils imaginent ensemble mille et une situations qui n’auraient pas détonné dans un album de Fritz The Cat ou des Freak Brothers

Film de collaboration, avec tout ce que cela entend comme dilution de style et compromission, La Vengeresse est un délire total, volontairement décomplexé et essentiellement motivé par l’envie première de s’amuser. C’est une récréation pour les deux animateurs, la possibilité de laisser libre cours à leurs envies et à leurs imaginaires et de débrider leur style en travaillant sur des figures underground brutes et non dégrossies. La Vengeresse est une friandise rock qui, dans ses moments les plus enlevés et les plus réussis, procure sa dose de vrai plaisir coupable.

Réalisé par Bill Plympton et Jim Lujan. USA, 2016, 1h16. Genre : animation. Distributeur : ED Distribution. Sortie le 5 avril 2017.

Si vous êtes curieux, n’hésitez pas à consulter le site de Jim Lujan

 

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Julien Savès

Julien Savès

Julien Savès a plusieurs robots à son effigie et un ou deux jumeaux maléfiques pour lui permettre de mener à bien toutes les activités dans lesquelles il a décidé de se lancer un soir de grande beuverie. A la fois producteur et réalisateur pour la structure de production indépendante Broken Production, créateur et co-directeur du festival multiculturel BD6Né, il s'adonne déjà à plusieurs activités journalistiques au sein de Format Court et Distorsion, ce qui ne l'a pas empêché de rejoindre le giron "malfaisant" de Clap! dont il alimente le côté obscur.

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