Journal de Clap! : Cannes 2016, c’est la fin

Dernier tour de la compétition officielle de cette 69e édition du Festival de Cannes. Six films dans le viseur. On avance à petites foulées vers les résultats. Plus que quelques mètres et on franchit la ligne d’arrivée. Du vent dans les mollets.

Baccalauréat (compétition officielle)l’histoire d’un père qui met la pression à sa fille

Après 4 mois, 3 semaines, 2 jours et Au-delà des collines, Cristian Mungiu revient en compétition avec un long métrage vigoureusement critique à l’égard de la société roumaine. A travers le récit, en longs plans séquences, d’un médecin et père de famille déterminé à faire en sorte que sa fille passe (et obtienne)  le bac, malgré l’agression dont elle a été victime la veille des épreuves, le réalisateur prend la température d’un pays où tout semble affaire de compromissions : occulter le trauma, faire comme si rien n’avait changé, regarder en avant et pas en arrière, par tous les moyens (trafic d’influences en première ligne). Baccalauréat laisse un goût amer. L’honnêteté n’aurait-elle plus du tout sa place dans ce monde corrompu ? Mungiu voit noir et nous fiche le bourdon. Avec brio cela dit. #PasseTonBacDAbord

Juste la fin du monde (compétition officielle) l’histoire d’un mec avec une famille dysfonctionnelle (normale, quoi)

Sept ans après J’ai tué ma mère qui avait secoué la Croisette, Xavier Dolan, habitué du festival, revient avec son sixième film. Autant dire qu’après le succès de Mommy l’an dernier, le cinéaste boulimique de travail était attendu au tournant. Mais on a un peu l’impression de se prendre un mur face à ce film perturbant, crispant, gênant, où Dolan donne l’impression de maltraiter ses personnages comme il maltraite le texte de Lagarce, qu’il prétend adapter avec fidélité. Tics frénétiques vs sublimes actrices. On ne sait plus sur quel pied danser. Si l’émotion gagne (sujet et cris obligent), l’expérience est violente. #Secouées

The Last Face (compétition officielle)l’histoire de la vie (sans prétention) / ou l’histoire d’une fille qui sait ramasser un crayon avec ses pieds

En 2015, le prix du nanar était attribué à Sea of Trees (rebaptisé à sa sortie Nos Souvenirs), à l’unanimité. Cette année, c’est Sean Penn qui l’emporte, sous les rires  et les huées de la presse. The Last Face ferait presque passer le film de Van Sant pour un chef d’œuvre, c’est dire. Acteurs poseurs, propos gerbant (se faire flageller par Sean Penn, le moraliste-humaniste des bacs à sable, ça va cinq minutes), réalisation à mi-chemin entre une pub Dior et un spot Unicef. Au secours. C’est par où la sortie ? #CacaLaGuerre

Le Client (compétition officielle)l’histoire d’une femme qui n’aurait pas du répondre à l’interphone

Sélectionné à la volée par Frémaux, le dernier film d’Asghar Farhadi dresse, à travers le récit d’un couple ébranlé par une agression, le portrait d’une société qui se fait justice elle-même. Oublier,  se venger, pardonner. Le Client hisse le drame (et son ambiguïté) au sommet. Finesse de l’écriture, justesse des comédiens, mise en scène à la précision vertigineuse. Du Asghar Farhadi pur jus. C’est emballant. C’est torturant. On en sort retournés. #RollerCoaster

Elle (compétition officielle)l’histoire d’une femme qui a un problème avec son père (entre autres)

Incursion en France pour Verhoeven, qui crée un rôle sur mesure pour Isabelle Huppert dans ce thriller transgressif sur la complexité des rapports de pouvoir et l’ambivalence de la position de victime. Elle captive et interroge, gêne et passionne. Le postulat de départ peut déranger : Michelle, femme de tête aux désirs affirmés, a été violée ou croit avoir été violée, elle ne sait plus comment interpréter son agression, qui ouvre le film hors champ. Mais, loin de tout fantasme nauséabond sur l’excitation du viol, Verhoeven peint avec intelligence le portrait d’une femme perturbée et perturbante, entourée d’une galerie de personnages en conflit avec leurs propres désirs. Sur la corde raide, il réussit là où Refn se plante. #C’estQuiLePatron

The Neon Demon (compétition officielle)l’histoire d’une fille qui avait les yeux plus gros que le ventre

WTF ? Dès la première séquence, le ton est donné : exit le propos, vive la masturbation esthétique. Nicolas Winding Refn se regarde filmer et nous on regarde l’heure. Elle Fanning est érigée en belle poupée, d’abord fragile, ensuite glaciale, au service du fantasme plastique d’un réalisateur qui a bien peu à dire. Dans un film qui s’étire en longueur, les lieux communs sont enfilés comme des perles sur les jolis mannequins : le monde de la mode est sans pitié, la compétition fait rage, la beauté est éphémère, la fausseté est reine. Merci, on n’était pas au courant. Les femmes – effrayantes de stupidité – sont condamnées à l’auto-destruction. Mange-toi ça dans la face (spoiler alert). #LeFilmDeTrop

Ava Cahen & Carole Milleliri

 

La rédaction de ClapMag

La rédaction de ClapMag

Clapmag, c’est une équipe de quinze rédacteurs soudés comme les doigts de trois mains (aïe !). Bercés par le cinéma international des années 80 et 90, ils ont ensuite tout vu (ou presque !), du muet aux films de genre, de la Nouvelle Vague à Hollywood, et adorent gribouiller des textes pour partager leur passion dévorante du cinéma.

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