Je suis David Fincher et je vous emm...

Dès le plus jeune âge, David Fincher aime tâter la caméra 8mm. Ce virus ne le lâche pas quand ILM l'embauche en 1980 comme technicien sur les effets spéciaux du Retour du Jedi et d'Indiana Jones et le temple maudit. Soit la pierre angulaire d'un cinéma qui sera axé sur le visuel, ne laissant aucune place au hasard et à l'imprévu.

Avant cela, il se fait remarquer en 1984 avec une pub anti-tabac où un fœtus s'en grille une in utero. Le carnet de commandes en pubs et clips se remplit. Fincher se défend de jouer le VRP de luxe : « Si la pub Nike sur fond de John Lennon est un de mes meilleurs spots, ce n'est pas vraiment pour les godasses ». Fincher préfigure Se7en sur le troublant Janie's got a gun de Aerosmith, mais ne rêve que de cinéma lorsqu’ il filme Madonna sur Express Yourself .


Le baptême du feu survient en 1992 avec Alien³. Pas une mince affaire pour un premier long de passer après Ridley Scott et James Cameron. Arrivé tard sur le projet, il va très vite au clash avec la Fox qui lui retire le final cut et retourne des séquences entières sans son consentement. Fincher en conserve un souvenir amer. Ne lui en déplaise,  Alien³ contient déjà son penchant pour les univers glauques, la mutilation de la chair et les climax dépressifs. A partir de là, il en tire une leçon : la réalisation est un combat de haute lutte dont il faut sortir vainqueur. Quitte à être désagréable.

On se souvient du raz-de-marée Se7en, moins du bras de fer qui a opposé Fincher et New Line pour le maintien du final traumatisant. Il obtient gain de cause grâce à Brad Pitt qui, en allié de poids, menace de partir. Cette amitié indéfectible avec la star fait figure d'anomalie. Lui, le cinéaste d'un perfectionnisme maladif, connu pour multiplier les prises à l'infini, n'est pas l'ami des acteurs, loin s'en faut. « Il veut juste des poupées. » résume le comédien R. Lee Ermey. L'intéressé ne conteste pas : « Je ne crois pas qu'il faille choyer les acteurs. On les paie trop cher pour les écouter se plaindre ou supporter leurs gueules de bois. » Gare à ceux aussi qui mettent sa vision en péril : La Fox lui demande de changer une réplique trop trash de Fight club, il la remplace par une autre bien pire.


Lorsque Fincher revient avec Zodiac, Paramount croit détenir le nouveau Se7en. Le studio écope d'une épopée historique dominée par l'obsession et la frustration. Pour une fois, ses personnages importent autant que ses images, il met le holà sur le clinquant pour son film le plus abouti.  « C'est juste des types assis au milieu d'une pièce qui boivent du café dans des gobelets en plastique ! » rétorque-t-on à Paramount. No problemo : Benjamin Button va solder les comptes. Sauf que la technologie pour vieillir Brad Pitt coûte les yeux de la tête. Fincher n'excelle pas dans l'émotion brute à cause d'un versant féminin du récit très timoré. Le film peine à se rembourser. C'est pourquoi on attend de pied ferme The Social network du fait de son univers geek très masculin où, derrière les statuts Facebook innocents, se cache probablement une histoire terrible d’amitié corrompue par l’appât du gain.

Julien Foussereau


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