Traditionnellement, chaque année cinématographique fait sortir nettement un ou deux films du lot. Ce fut le cas de Drive et de Tree of life l'an passé, loin devant la concurrence. 2012 marque un tournant puisqu'aucun film n'a vraiment fait l'unanimité au sein de la rédaction de Clapmag. L'occasion de s'écharper était trop belle pour ne pas en profiter. Comme toujours chaque rédacteur a livré sa liste pour arriver à un résultat qui ne satisfera peut-être que très peu d'entre nous mais qui a le mérite d'être impartial :

 

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10. Millénium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes, réalisé par David Fincher

Le pari était énorme: sortir Daniel Craig de sa tenue de James Bond et le réinventer en Mikael Blomkvist ; trouver une autre actrice aussi performante et impressionnante que l'exceptionnelle Noomi Rapace en Lisbeth Salander ; intéresser le public à une histoire déjà racontée au cinéma il y a seulement trois ans. Il fallait être David Fincher pour oser relever le défi et faire un film "adulte" en pleine régression infantile des studios hollywoodiens, traitant discrètement des obsessions de son auteur, la solitude, l'aliénation et la mort. Pari tenu: Millénium est un film passionnant par la complexité de son scénario, la rigueur de sa mise en scène et la révélation d'une jeune actrice déjà entrevue dans The Social Network en petite amie de Mark Zuckerberg et qui tournera bientôt avec Terrence Malick, la gracieuse Rooney Mara.



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9. The Impossible, réalisé par Juan Antonio Bayona

The Impossible a certes divisé la rédaction, il n'en est pas moins présent dans le classement. Porté par la grâce de ses jeunes acteurs, Bayona nous embarque dans un récit de survie et de combat. Impossible de prévoir une telle catastrophe, impossible d'y survivre, impossible de se retrouver dans le chaos. Mais surtout impossible de garder la foi. Du moins en apparence car toutes ces "impossibilités" sont tour à tour démenties par ce magnifique récit optimiste, qui évite tous les poncifs pour mieux nous cueillir. Le film "yeux humides" de l'année.


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8. Starbuck, réalisé par Ken Scott

La comédie de l'année nous vient du Canada. Rien que l'accent québecois est déjà, avouons-le, drôlissime pour le public français (certainement une des facettes de l'effet Céline Dion). Mais Starbuck est aussi une boule d'humour tendre, sublimant ses personnages avec amour dans une situation improbable mais ô combien délicieuse. Starbuck, sorte de Dude candien privé de bowling, est le pseudo d'un généreux "donateur" à la banque du sperme. Tout allait (moyennement bien) jusqu'à ce que ses 533 "enfants" souhaitent le retrouver. La question (plutôt sérieuse) d'éthique est abordée avec intelligence et légèreté permanente sur un scénario malin. Son héros, incarné par Patrick Huard, séduit au-delà des espérances.


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7. The Dark Knight Rises, réalisé par Christopher Nolan

Christopher Nolan devait boucler sa trilogie Batman, chose que n'ont accomplie ni Tim Burton (malheureusement) ni Joël Schumacher (ouf!). Pourtant comment réussir ce prodige alors que son meilleur atout (Heath Ledger en Joker) a disparu? En choisissant Bane, le seul ennemi de Batman aussi fort physiquement que lui, en rendant sa mise en scène encore plus épique et opératique, se référant directement à Griffith et Fritz Lang et en multipliant les points de vue...Que restera-t-il de The Dark Knight Rises? L'impression rare et précieuse d'avoir vu un réalisateur parvenir enfin jusqu'au bout de son projet, mettre un point final à la légende, en livrant un dernier volet au niveau stratosphérique du deuxième, déjà estampillé chef-d'oeuvre...On verserait presque une larme de savoir qu'il n'y aura plus jamais de Batman réalisé par Nolan et on plaint déjà celui qui planchera sur un éventuel reboot.


holymotors

6.  Holy Motors, réalisé par Leos Carax

Du débat dans les rédactions cette année, il y en a eu -  et le cas Holy Motors n'a pas fini de faire couler salive et encre. Délire d'un mégalo pour certains, branlette intellectuelle pour d'autres, Holy Motors a surtout réussi son pari : faire rugir. Un film sur le paradoxe du comédien, sur la déliquescence des arts, sur l'angoisse de la mort ; Carax célèbre les métaphores comme personne et nous offre certainement l'oeuvre la plus personnelle de sa carrière. Un voyage au coeur de la matière, de la lumière et des ténèbres qui nous emmène loin, très loin. L'ovni de l'année, c'est lui.


Laurence Anyways

5. Laurence Anyways, réalisé par Xavier Dolan

Il a beau être la pire tête à claques du Canada, mais tabarnak, qu'il est talentueux ce Xavier Dolan ! Laurence Anyways reste encore aujourd'hui gravé dans la chair : une pluie de vêtements qui tombe sur New Error de Moderat, des couleurs pop qui symbolisent toute la palette des désirs. Etre un homme, c'est aussi être une femme, et vice-versa. Dolan épouse les genres avec une grâce inouïe et nous fait perdre nos repères. Quand le nord se confond avec le sud, quand les frontières sont dissolues. Laurence Anyways forever.


moonrise1

4. Moonrise Kingdom, réalisé par Wes Anderson

Du charme, de la fantaisie, de l'humour, peu de films peuvent se targuer d'en avoir eu cette année. Moonrise Kingdom en regorge et représente une oasis de fraîcheur au milieu de tous ces films hantés par la catastrophe, qu'elle soit individuelle, économique ou écologique...Même si un déluge intervient dans le dernier tiers du film, restent surtout en mémoire, une paire de jumelles, une chanson de Françoise Hardy, le Temps de l'amour, tournant en 45 tours sur un Teppaz, des mouvements de caméra calculés de façon jouissive au double décimètre, deux pré-adolescents perdus dans le vert paradis des amours enfantines et une géniale initiation à la musique classique via Benjamin Britten...Cela ressemble à un inventaire à la Prévert: bienvenue dans le monde enchanté de Wes Anderson.


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3. Take Shelter, réalisé par Jeff Nichols

Peu de gens connaissaient Jeff Nichols avant Take Shelter ; plus personne ne l'oubliera après ce film. Shotgun stories, son premier film, avait pourtant marqué ceux qui avaient eu la chance de le voir mais Take Shelter lui permet de passer la vitesse supérieure. Apocalypse virtuelle ou plongée dans la psyché d'un paranoïaque, ce film consacre l'avénement d'un nouveau grand réalisateur américain. S'inscrivant au départ dans les traces d'un Malick, Nichols s'en démarque habilement par un rythme plus en phase avec la vie de tous les jours et une attention jamais démentie au contexte socio-économique. Il s'avère aussi un très grand directeur d'acteurs: Michael Shannon et Jessica Chastain montrent ici certaines de leurs plus grandes performances. Que dire sinon que Take Shelter atteint une sorte de perfection tranquille qui lui a permis de figurer dans tous les classements possibles et imaginables des films de 2012. Qu'il figure de belle manière sur notre podium n'est que justice.


Skyfall

2. Skyfall, réalisé par Sam Mendes

Il a bien failli tuer tout le monde, James! 2012 aura donc été l'année où James Bond est (re)devenu définitivement tendance. Boostée pour la première fois par un réalisateur oscarisé et classé "auteur", la franchise a su magnifiquement se renouveler pour son cinquantième anniversaire. Clapmag a su s'en faire le bel écho avec un numéro spécial exceptionnel.  Visuellement extraordinaire, interprété par des virtuoses (l'affrontement psychologique Judi Dench-Javier Bardem-Daniel Craig restera dans les annales) et scénarisé dans la droite ligne du schéma traumatique nolanien, Skyfall n'est pas seulement l'un des meilleurs Bond, - voire le meilleur des Bond possibles - mais c'est aussi un grand film tout court.


derouilleetdos

1. De rouille et d'os, réalisé par Jacques Audiard

Et le grand gagnant 2012 est Jacques Audiard. K.O. au premier round. Il n'existe presque plus de superlatifs pour qualifier De rouille et d'os ; tout a déjà été dit. Cotillard, que nous n'avons pas manqué d'égratigner ici même, rayonne et le colosse écorché Schoenaerts met tout le monde d'accord. Solaire, le film d'Audiard ne manque pas de capturer leurs deux corps meurtris, que tout oppose si ce n'est cette fêlure qui passionne tant le cinéaste. Alors devant un chef-d'oeuvre, on se tait, et on admire. En espérant que les dieux César le récompensent puisque Cannes est largement passé à côté.

 

La rédaction


Commentaires  

 
0 #2 David S. 27-12-2012 15:02
Cher Nicolas, "Adieu Berthe" de Bruno Podalydès n'a malheureusement obtenu aucun vote dans notre rédaction, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il n'a pas été apprécié. Quant à "A perdre la raison" de Joachim Lafosse, un seul rédacteur a voté pour ce film, ce qui lui a rapporté huit points, total insuffisant pour figurer dans notre Top. Mais Emilie Dequenne, pour sa performance ahurissante, pourrait rattraper cet oubli dans le Top Actrices.
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+1 #1 Nicolas 24-12-2012 15:53
Et "Adieu Berthe" et "A Perdre la raison" ? "A Perdre la raison" d'ailleurs largement supérieur au Audiard
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