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Merci bande de bâtards

Pas facile quand on habite à Melun, qu'on a la tenue casquettes/baskets - et qu'on arbore la technique "t'as pas un 06" - de "ken d'la meuf". Un véritable parcours du combattant pour les trois protagonistes : Mousten (le timide), Abdlekrim (le "kiffeur" de r'n'b refoulé) et Momo (le nain), tous les trois "en chien". Bavant sur les couvertures de magazines pornos (et surtout les photos de charme de Katsuni), ils vont découvrir une petite annonce qui risque de changer leur vie. A la recherche de la nouvelle porn star. Et si elle se trouvait parmi eux ?


Dans cette petite salle cannoise, en présence de l'équipe du film et de quelques guests (Dujardin et Langmann pour ne citer qu'eux), on a ri à s'en casser les côtes. Une ambiance de cour de récré, un public qui bat des mains sans relâche pendant la projection. Franck Gastambide et ses kaïra ont mis le feu - et ce dès le discours de présentation du film (aidé par un Ramzy au top de sa forme, en smoking et Nike blanches). Même Frémaux avait fait le déplacement, avouant sa flamme aux "weshs" du 77. Un décalage total avec le sérieux du tapis rouge. Ca fait un bien fou ("sa mère" auraient ponctué les héros du film).

Dans la veine des Lascars, Les kaïra nous plonge dans le quotidien de banlieusards fumeurs de shit qui rêvent d'une vie meilleure mais, par dessus tout, de filles dans leur lit. S'ils se vantent d'être" TTBM" (très très bien montés) et assurent que leur petite entreprise ne connaît pas la crise, la vérité est ailleurs. Nettement influencé par le langage BD, le réalisateur livre un premier long métrage finement mis en scène, maniant le pastiche à merveille (des scènes de La Haine ou encore de Taxi Driver entièrement revisitées), gardant, sur la longueur, un humour ravageur. Le délire est bien là ; les dialogues sonnent, les rebondissements surprennent, les comédiens sont excellents (issus du programme court de Canal + Kaira Shopping) et la B.O de Dj Cut Killer réveille furieusement nos pieds.



Là où Beurre sur la ville qui n'avait, sur les clichés mis en avant, aucun recul, aucun second degré, Les kaïra assure le coup en beauté, étonnant par la maîtrise (si rare dans ce genre de comédies) de la dérision (frôlant parfois les aigus des frères Farrelly). Gastambide est définitivement dans la place ; un jeune réalisateur à suivre de près. Merci bande de bâtards pour ce fou-rire de plus d'une heure, pour le "no limit" assumé. Les kaïra, vous allez les kiffer.

Ava Cahen