Heis : chroniques d’une jeunesse désemparée

Création transdisciplinaire d’Anaïs Volpé, Heis se décline trois volets : un long métrage, une websérie et une installation composée de travaux numériques, sonores et plastiques. Trois œuvres distinctes qui forment un ensemble cohérent, un tout (“heis” signifie “un” en grec). Un projet atypique dont nous avons découvert la partie cinématographique, sous-titrée (chroniques).

Pia, 25 ans, artiste en galère, décide de retourner chez sa mère, le temps de rebondir. Sous le même toit, elle retrouve son frère Sam, wannabe boxeur. Un cocon familial où vont vite s’entrechoquer trois visions du monde… Tous les deux au RSA, les jumeaux Pia et Sam pourraient choisir de s’épauler, mais non. Ils préfèrent se fritter, s’accuser de tous les maux et tourner l’autre en ridicule, sous l’œil préoccupé de leur mère. Derrière les engueulades, les incompréhensions et les mensonges, un lien diffus persiste pourtant, étrangement indestructible. Étrange chose que la famille. Est-il vraiment possible de s’en émanciper ? Tous nos choix cruciaux ne se feraient-ils pas en fonction d’elle, qu’on le veuille ou non ?

Film hautement générationnel, Heis (chroniques) entre en résonance avec le parcours d’innombrables jeunes nés dans les années 1980 ou 1990 qui tentent de s’extraire de la précarité sans sacrifier leurs rêves, qu’ils soient artistiques, sportifs ou autres. Leurs parents, qui ont connu le plein emploi, peinent à cacher leur inquiétude mais n’ont pas de solution miracle. Faut-il se résoudre à accepter un travail alimentaire ? Chercher à l’étranger la pièce manquante du puzzle ? Peut-on sortir avec ses potes sans un rond en poche ? Comment réussir à profiter du présent quand les brumes de l’avenir restent insondables ? Pour tenter d’y voir plus clair, d’autres personnages gravitent autour du trio Pia-Sam-la mère : une amie fidèle, un modèle de réussite, un ex-amant… Une forme de famille bis.

heis-volpéMatthieu Longatte / Anaïs Volpé

Outre son propos très actuel, Heis (chroniques) frappe par sa forme non conventionnelle. La plongée dans l’intimité familiale mêlée de souvenirs d’enfance au caméscope rappelle le documentaire Pauline s’arrache, au point que l’on croit d’abord à un récit autobiographique légèrement romancé. Fausse piste. À moins que… S’en suivent des séquences oniriques à base de nez qui saigne, des anecdotes et autres flash-back venant donner corps au personnage de Pia, alter ego de la réalisatrice Anaïs Volpé, qui creuse ainsi son passé et ses racines – notamment en interviewant sa mère –, pour tenter de se comprendre elle-même. Elle et toute sa génération de paumés.

Cette mise en scène dynamique et inventive se base peut-être un peu trop sur la voix off, omniprésente avec ses sentences poético-philosophiques et ses passages surfaits dans une langue fictive… Il n’empêche que la démarche, à la fois introspective et universelle, force le respect. Difficile de ne pas embarquer dans cette quête de sens qui, au fond, s’apparente à la légitime recherche d’un petit coin de bonheur.

Heis (chroniques). Film français écrit et réalisé par Anaïs Volpé. Avec Akéla Sari, Matthieu Longatte, Anaïs Volpé, Émilia Derou-Bernal, Alexandre Desane… Durée : 1h32. En salles le 5 avril 2017.

_

Enregistrer

Enregistrer

Arthur Bayon

Arthur Bayon

Nourri aux blockbusters testostéronés et aux Jeudis de l'angoisse, je suis resté très friand de castagne, de SF et d'hémoglobine (on ne se refait pas). Cela dit, je ne suis pas insensible à la folie poétique d'Alejandro Jodorowsky, au réalisme tendre de Hirokazu Kore-eda et l'élégance de Nicolas Winding Refn. Les potentialités de l'animation me fascinent, sur grand ou petit écran.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *