Good Time : le souffle impétueux de 2017

Good-Time-AffichePourquoi donc Good Time serait-il l’un des films marquants de l’année 2017 ? Certes, il y a Robert Pattinson, métamorphosé. Certes, le film était en compétition à Cannes, mais est resté plus ou moins discret. En France, il aura attiré 120 000 spectateurs, ce qui est très bien pour un film des frères Safdie, et peu pour un film avec Robert Pattinson. L’histoire est belle, sans être d’une folle inventivité, tout à fait typique des films de genre : deux frères braquent une banque, l’un d’eux est arrêté, l’autre va tout faire pour, en une nuit, libérer son cadet. Des réalisateurs new-yorkais indépendants font ainsi tourner une star internationale dans un film percutant.

On dit parfois de certains films qu’ils n’ont « pas leur place à Cannes. » Pour Good Time, il faudrait peut-être changer légèrement la formule, dire qu’il ne semblait pas « à sa place », qu’il paraissait à l’écart des autres films en compétition, comme une étoile brillant d’une autre couleur. Peut-être aurait-il dû être dans une autre section ? Ou peut-être, au contraire, était-il parfaitement là où il fallait, suffisamment étrange pour révéler ce que les autres films avaient de commun ? On ne saurait trop comment le qualifier : film d’auteur, film indépendant, film fauché ? Ils le sont tous plus ou moins. Film le plus jeune ? De la compétition, assurément : Josh, le plus âgé des deux frères, n’a que 33 ans (en dehors des Safdie, le réalisateur le moins âgé de la compétition était Kornel Mundruzco, 42 ans). Mais on sait bien que l’on peut faire un film jeune à n’importe quel âge. S’il fallait d’ailleurs rapprocher Good Time d’un autre film en 2017, ce serait peut-être d’American Honey, par Andrea Arnold (56 ans) : même goût de la fuite, même impétuosité, même fraîcheur, même importance des bagnoles…

Ce qui caractériserait peut-être Good Time, par rapport aux autres films de la compétition cannoise, c’est son énergie sauvage, son rythme haletant, cette manière de pousser toute situation à son point de saturation. Les visages sont cadrés trop près par une caméra tremblante, comme volés, et l’utilisation du Scope dans une mise en scène faite essentiellement de gros plans a de quoi étonner. Faux pas ? Il s’agit, encore une fois, de l’un de ces écarts qui vous font mesurer la distance entre le film des Safdie et ceux qui l’entouraient. Cette année, il y a eu, d’un côté, des œuvres qui ont démontré leur virtuosité par d’amples mouvements de caméra parfaitement géométriques (The Square), par d’immenses plans-séquences (La Lune de Jupiter). Œuvres éminemment visuelles et hypnotiques… La mode est à la virtuosité. Mais il y eut aussi, de l’autre côté, des films animés d’un esprit profondément différent, reposant sur le souffle, le manque de temps, le gaspillage d’énergie, les battements d’ailes désespérés. Des films qui nous semblent s’agiter pour se maintenir à la surface jusqu’à épuisement. Et dotés d’une irrésistible attraction pour la musique. On en ressort à moitié défoulé, à moitié essoufflé. Good Time appartient à cette catégorie de films qui semblent se faire « sur le dos » du visuel, films dont la force ne viendrait pas des images « à couper le souffle », ni d’éléments de virtuosité, mais d’éléments organiques ou rythmiques : la musique, le toucher… Ce sont des films qui, d’une manière ou d’une autre, sont proches du corps.

Le corps fut particulièrement présent dans le cinéma en 2017. Du corps à dévorer (Grave), au corps malade (120 battements par minute), du corps adolescent (Ava) au corps vieillissant (qu’il faut remplacer, voir Get Out), les films marquants de l’année y reviennent sans cesse. Ce furent souvent, d’ailleurs, des films à défendre ou à soutenir pour la critique. Alors que 2017 se referme pour de bon, il nous semble que Good Time y a toute sa place. Film littéralement épuisant, il en a justement « fatigué » certains, lassés d’être baladés dans New-York et de suivre le rythme affolé du personnage principal. Mais il porte en lui une fraîcheur et un jusqu’au-boutisme rares. Il fut peut-être l’un des films à défendre qui ne le fut pas assez.

Good Time de Benny et Joshua Safdie. Avec Robert Pattinson, Ben Safdie, Buddy Duress… Distribution : Ad Vitam. Durée : 1h41. Sortie en salles : 13 septembre 2017. 

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