Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 : en terre familière

La quête du père et les dysfonctionnements familiaux sont au centre de cette suite attendue des Gardiens de la Galaxie, l’équipée intergalactique de Marvel Studios. Mais le cœur émotionnel et les feux d’artifice vacillent un peu cette fois-ci.

Alors qu’à l’automne dernier, Doctor Strange a servi au public l’éveil d’un héros à la trame plutôt fade mais relevée par des scènes d’action futées, les studios Marvel reviennent en territoire connu avec la suite de leur succès le plus inattendu. C’est aussi une des seules propriétés dont les clés ont été entièrement confiées à un seul homme : James Gunn, qui a donc écrit et réalisé les deux volumes de la franchise. Les aventures de Star-Lord, Gamora, Drax, Rocket Racoon et les autres figurent beaucoup d’obsessions de Gunn : le hard-rock du début des années 1980 consommé le week-end via des clips de VH1, la revue Metal Hurlant, les cartoons de Chuck Jones… Une générosité qui menaçait de faire crouler le premier film sous le poids de développements déjantés et indigestes. Ce deuxième volet profite de la confiance accordée par le public et les irascibles pontes de Marvel Studios (sous l’égide de Kevin Feige) pour changer de planète comme de chemise et accentuer les situations et répliques improbables.

Le principe faussement subversif de hors-la-loi au grand coeur vivant de primes intergalactiques n’est pas sans rappeler une autre franchise vrombissante : celle de la bande de Fast & Furious. Mais là où les trahisons familiales ne sont que prétextes aux prochaines explications « musclées » dans les huit films de la franchise tuning, les Gardiens de la Galaxie répondent aux archétypes des familles américaines dysfonctionnelles. Un père adoptif criminel, revêche et maltraitant, un père biologique absent qui revient avec de belles intentions dissimulant une nature profondément égoïste… Si cette dramaturgie terre-à-terre se passait sur notre planète, on aurait droit à une balade mélancolique en Cadillac sur fond de country. Après la fausse note Passengers, Chris Pratt assure d’ailleurs une alchimie explosive avec le revenant Kurt Russell, ici en hippie lumineux qui n’a aucun mal à attirer l’attention sur lui – et pour cause, ce n’est autre qu’une planète vivante, Ego.

Gardiens de la Galaxie ClapMagLes Gardiens de la Galaxie et la nouvelle venue, Mantis. 

Malgré des séquences d’action toujours plus bondissantes sous forme de décharges électriques pop à la palette de couleurs bariolée, les films Marvel Studios sont critiqués à quasiment chaque épisode pour l’élaboration d’une « formule » ne sortant jamais leurs personnages des carcans des comicbooks. Avant tout calibrées pour offrir deux heures de fun à un public éparpillé à travers le monde, les livraisons bi-annuelles de la maison Marvel sont souvent très homogènes. Les Gardiens semblaient échapper à cela en calquant leurs aventures d’équipée sauvage sur celles de la série Farscape – dont le héros, Ben Browder, apparaît ici dans un petit rôle –, mais le volume 2 crée sa propre formule. Plusieurs batailles intergalactiques un peu gratuites mais indéniablement fun, un Racoon jamais à court d’arsenal, une équipe séparée pour être recomposée et sauver plusieurs galaxies : le grand huit peut être rock’n’roll, mais reste fermement sur les rails.

Des seconds rôles étayés

Même s’il exploite mieux sa “mixtape” – foisonnante, avec plus de 20 titres disséminés à travers son film -, James Gunn ne reprend pas pour autant les standards les plus connus de sa précédente création. Éclater les trames et mettre les personnages du gang en tandem permet de donner des directions plus intéressantes à certains d’entre eux :  Michael Rooker n’a aucun mal à dominer le film, en donnant une couche de vulnérabilité à son roublard Yondu, pirate de l’espace abandonné par les Ravageurs après de piètres performances. D’entrée de jeu, il s’affirme sans peine en tenant la réplique à un héros d’action fatigué des 80’s, construit comme la surprise du film – on ne la spoilera pas ici pour ceux qui n’ont pas encore connaissance de son identité. Quant à Dave Bautista, il suit dignement les pas de The Rock et John Cena. À travers Drax, le catcheur confirme tout le charisme et la précision de son jeu, bien au-delà des punchlines anémiques de guerrier premier degré auxquelles on pourrait réduire son personnage. Les meilleures répliques de ce volume 2 sont pour lui. Rooker et Bautista portent donc sur leurs épaules les nouvelles directions du film, par ailleurs faiblard en personnages féminins – la nouvelle venue Mantis (Pom Klementieff, Québécoise assez peu connue) se révèle notamment être un sidekick trop monolithique et souvent à côté de la plaque.

Gardiens de la Galaxie ClapMag Drax serait-il la nouvelle star des Gardiens de la Galaxie ?

Les déceptions de ce Volume 2 se trouvent du côté des filles de Thanos, Gamora (Zoe Saldana) et Nebula (Karen Gillan). La première est aux abonnées absentes, jouant les utilités lors d’interminables scènes en commun avec Star-Lord ; la deuxième, un des personnages les plus étayés du premier film, est réduit à un rôle de sœur vengeresse aussi accro à la violence, en un sens, que Rocket Racoon. À eux deux, ils repoussent souvent les limites de la violence acceptable pour un public – plutôt familial – et rapprochent le quota de destruction et de victimes d’un bon actioner des 80’s. De ce côté-là, la mission de Gunn est indéniablement remplie.

Si l’intégrité dans l’écriture des personnages et quelques répliques bien senties de la part de pros comme Bautista assurent une identité aux Gardiens de la Galaxie (que ne possèdent pas d’autres franchises Marvel Studios comme Thor), la débauche de moyens financiers pour représenter un hyperespace dément, payer des classiques de Fleetwood Mac ou des caméos surprise s’avère en fin de compte un peu vaine. Les parallèles évidents avec un groupe de rock devant livrer son second album sont assumés, mais les solos deviennent souvent indigents et le leader (Star-Lord) manque de se faire piquer la vedette par ses camarades et son père biologique. Ajoutons, en guise de rappel, un générique de fin qui frise l’indigestion entre clins d’oeil humoristiques et pistes pour un troisième volume à venir, et on se retrouve avec une suite plus limitée qu’elle n’en a l’air. Même si les Rolling Stones de Marvel Studios ne risquent pas de se séparer de sitôt (malgré la consolidation de Chris Pratt en star du box-office avec Jurassic World), ils ne semblent plus aussi cohérents qu’auparavant. La débauche d’énergie de ce volume 2 menace de faire finir James Gunn les doigts dans la prise.

Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2, réalisé par James Gunn. Avec : Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista, Kurt Russell, Michael Rooker et les voix de Vin Diesel et Bradley Cooper. USA. Durée : 2h15. Distribution : The Walt Disney Company France. Sortie le 26 avril 2017. 

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