Les Filles d’Avril : mommy dearest

Dans un Mexique qui pourrait être paradisiaque, une jeune maman de 17 ans voit son quotidien perturbé par le retour de sa propre mère dans sa vie. Les Filles d’Avril, ou la maternité dans toute sa splendeur… et toute son horreur ?

Depuis la nuit des temps, la maternité fascine les hommes, et les artistes de surcroît. Des peintures et sculptures de la Vierge Parturiente ou de la Nativité aux photos et mises en scène sacralisant le ventre arrondi de Beyoncé : le temps passe, l’obsession reste. Comme on pouvait l’attendre d’eux, les cinéastes n’ont évidemment pas été en reste. Force est de constater qu’à travers les évolutions des corps, les modifications du quotidien ou encore les impacts sensoriels qui en découlent, grossesse et maternité symbolisent à merveille toutes sortes d’angoisses, qu’elles soient individuelles (pensons à Rosemary’s Baby ou Le Refuge) ou sociétales (de Juno à 4 mois, 3 semaine et 2 jours). S’il ne manifeste aucune intention de s’intéresser à un fait de société, Michel Franco se trouve au carrefour de ces deux tendances. Presque miraculeusement.

Valeria, la jeune héroïne de ces Filles d’Avril, semble trouver la vie bien agréable. Son ventre rond comme un ballon ne l’empêche pas de vivre sa vie auprès de sa grande sœur et de son copain. Fêtes, plage et parties de jambes en l’air : que demander de plus pour être heureuse ? Lorsque sa mère, qui vit pourtant loin de ses filles, réapparaît sans crier gare, Valeria n’est pas contre un peu d’aide. Bien entendu, les choses vont déraper, et nous ne révélerons pas à quel point. Mais à travers le parcours de Valeria, presque sans le vouloir, Michel Franco dresse un portrait de son pays, où les filles-mères sont extrêmement nombreuses. Non pas par manque d’éducation ou de protection, mais par choix. « La première raison invoquée par ces jeunes filles, non seulement pour tomber enceinte mais aussi pour garder leurs bébés, est de se sentir moins seules, d’avoir quelque chose qui leur appartient », confie Ana Valeria Becerril, la jeune comédienne au cœur de l’histoire. Cette solitude, Michel Franco ne l’appuie pas mais la distille tout au long du film, à travers l’absence involontaire d’un père, mais aussi (malgré et surtout) la présence d’une grande sœur avec laquelle il est dur de communiquer, d’un petit ami sans la moindre force de caractère et de cette mère, qui, elle, en a beaucoup trop.

Cette Avril, c’est Emma Suárez, la fabuleuse révélation de Julieta d’Almodovar. Une autre histoire de mère et de fille. Le rapprochement est trop tentant. Alors que Julieta partait à la recherche de son enfant disparue avec la bienveillance de l’inquiétude, Avril envahit et sclérose progressivement les espoirs de la sienne. Michel Franco semble prendre un malin plaisir à établir une maisonnée à contre-courant des familles hispaniques comme on pourrait les imaginer. Adieu les familles unies, les mères aimantes, autoritaires et surprotectrices. Oubliez les telenovelas ! Avril est étrangère à l’amour chaleureux comme on se le représente idéalement – le choix d’embaucher une comédienne espagnole et non mexicaine n’apparaît d’ailleurs pas comme une coïncidence. Adjointe à sa fille, dont la colère intériorisée ne tarde bien heureusement pas à éclater, Avril, à laquelle Emma Suárez prête une terrifiante imprévisibilité, mène le film hors des sentiers battus. Il n’en est que plus fascinant. Pas à pas, scène après scène, les intentions se troublent, les sentiments se brouillent. Ou quand l’amour devient étouffement, conflit et menace. Tout avait pourtant si bien commencé…  

Les Filles d’Avril (Las Hijas de Abril)écrit et réalisé par Michel Franco. Avec Emma Suárez, Ana Valeria Becerril, Enrique Arrizon. Drame maternel. Mexique. Durée : 1h43. Distributeur : Version Originale / Condor. 
Sortie le 2 août 2017.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *