Le Fidèle : braqueur traqué

le-fidèle-afficheCe vrai-faux polar nimbé de mystère confirme l’immense talent de l’acteur Matthias Schoenaerts, incontournable depuis Bullhead du même Michaël R. Roskam. Pour le reste, et malgré quelques moments de grâce, Le Fidèle marche à tâtons et peine à convaincre.

Caché derrière un buisson, un garçon observe des policiers discuter avec son père. Ils le recherchent, mais pas question de se montrer, ça non ! Le paternel vocifère en flamand et menace de lâcher son chien. Terrifié, le gamin préfère s’écorcher vif sur des barbelés pour tenter de s’enfuir… Dès la scène d’introduction, Gino est présenté comme un animal traqué. Balayé au détour d’un dialogue, le reste de ses jeunes années sera consacré à faire les 400 coups avec ses potes d’enfance… et à braquer des banques. Tout change quand « Gigi » rencontre « Bibi » (Bénédicte), une pilote automobile, et décide de se ranger. Histoire d’arrêter de vivre en regardant par dessus son épaule.

Vendu comme ça, Le Fidèle ressemble à n’importe quel film de gangsters. On imagine quelques scènes de braquages, des criminels qui dépensent leur argent sans compter et mentent à leurs femmes, un dernier casse qui tourne mal, des policiers à leurs trousses… En réalité, le réalisateur Michaël R. Roskam ne semble guère intéressé par tout cela. Oh, il y a bien une scène d’attaque de banque et une autre contre un fourgon blindé – assez incroyables d’ailleurs, brutales et sans la moindre esthétisation, l’anti-Baby Driver donc –, mais ce n’est pas le sujet du film. L’intrigue gangsters et l’univers des courses auto servent simplement d’écrin aux deux protagonistes, Gigi et Bibi, incarnés par Matthias Schoenaerts et Adèle Exarchopoulos.

Cette romance très physique et économe en mots fonctionne bien à l’écran. Si leur complicité n’est pas vraiment mise en avant, l’alchimie opère. Nature, sensuelle et peu expansive, l’interprète de La Vie d’Adèle s’en sort avec honneur. Pour autant, elle reste dans l’ombre de son partenaire belge, déjà césarisé pour De rouille et d’os, et dont le magnétisme crève l’écran. Son incroyable regard léonin, sa carrure hors norme héritée de Bullhead (il avait pris 30 kg à l’époque) et la richesse de sa palette d’émotions ne peuvent laisser insensible. Mais à trop vouloir jouer l’épure, esquiver toute sentimentalité, limiter la musique, le film devient assez froid, vaporeux, insaisissable.

Divisé en chapitres, le scénario, d’abord intrigant du fait de ses ellipses, déçoit sur la durée et accumule les poncifs. Mal amené, un twist dramatique achève l’intérêt du spectateur, de moins en moins concerné par l’enchaînement d’événements qui se déroule devant ses yeux. Très surprenante, la scène finale bascule dans un registre inattendu qui ne manquera pas de diviser le public… En s’éparpillant de la sorte, Michaël R. Roskam prouve sa liberté d’auteur mais ne semble pas vraiment savoir où il souhaite emmener son récit. Beau et déroutant, Le Fidèle se perd en cours de route et peine à dépasser son statut de simple curiosité. Vaut pour Matthias Schoenaerts.

Réalisé par Michaël R. Roskam. Écrit par Thomas Bidegain, Noé Debré et Michaël R. Roskam. Avec Matthias Schoenaerts, Adèle Exarchopoulos, Eric De Staercke, Jean-Benoît Ugeux et Nabil Missoumi. Genre : drame, policier. Nationalité : franco-belge. Durée : 130 minutes. Distribution : Pathé Distribution. Sortie en salles : 1er novembre 2017.

Arthur Bayon

Arthur Bayon

Nourri aux blockbusters testostéronés et aux Jeudis de l'angoisse, je suis resté très friand de castagne, de SF et d'hémoglobine (on ne se refait pas). Cela dit, je ne suis pas insensible à la folie poétique d'Alejandro Jodorowsky, au réalisme tendre de Hirokazu Kore-eda et l'élégance de Nicolas Winding Refn. Les potentialités de l'animation me fascinent, sur grand ou petit écran.

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