Festival Ecrans Mixtes : rencontre avec Jonathan Caouette

Le festival Ecrans Mixtes est devenu une référence. Mêlant habilement films de patrimoine et films récents ou inédits, le festival queer lyonnais fête sa 7ème édition jusqu’au 14 mars avec, pour invité d’honneur, Jonathan Caouette, le réalisateur américain du culte Tarnation (2003) et de Walk Away Renee (2011). Nous avons eu le plaisir de le rencontrer.

Que devenez-vous depuis la sortie de votre dernier long métrage, Walk away Renee, en 2011 ?

Jonathan Caouette : J’ai fait une pause ! Je ne savais même pas si j’allais continuer à faire des films. Il y avait un ensemble de circonstances personnelles à ce moment-là qui s’ajoutait à tout le travail réalisé pour ce film qui a été compliqué. Je me suis un peu forcé à rester occupé en faisant des films courts sans budget, expérimentaux, des clips musicaux pour que mon cerveau reste en activité ! Cette année, j’ai un peu laissé de côté le documentaire pour commencer à travailler sur un projet de film, un long métrage de fiction qui inclurait quand même quelques éléments de documentaire. Je viens de tourner comme acteur aux côtés d’Asia Argento dans le film de Michele Civetta, son ex-mari. Je les connais tous les deux depuis longtemps. Ils m’ont appelé et j’ai laissé tomber tout ce que je faisais pour les rejoindre sur le tournage pendant six semaines à Rome. Il y a encore une dizaine de scènes à tourner. Cela a été très important pour moi de me retrouver sur un plateau de cinéma comme acteur. Acteur, réalisateur, cela mobilise les mêmes parties du cerveau !

Où en est donc ce projet de long métrage de fiction ?

Je suis extrêmement excité par ce projet que j’écris depuis deux ans et demi. J’en suis à 195 pages écrites à ce jour. C’est énorme et un peu bordélique mais je vais affiner. Cela ressemble à un projet global, transmédia, qui pourrait également être une base de mini-série mais je veux vraiment prendre le temps d’en faire un film classique de fiction. J’aimerais vraiment trouver une résidence d’écriture pendant trois mois pour finaliser le scénario. Peut-être que quelqu’un me proposera quelque chose à la lecture de cet article ? N’hésitez pas ! J’aimerais un espace pour me poser, écrire, finaliser le script. Le film sera une sorte de réponse métaphorique aux événements que nous vivions que ce soit dans mon pays ou ailleurs dans le monde dans cette ère de plus en plus effrayante, cette folie qui s’abat sur notre monde. Cette fiction sera assez sombre et effrayante, c’est un nouveau territoire pour moi.

Lors de la séance de dimanche dernier organisée avec Ecrans Mixtes au Lavoir public, le public a découvert des films courts et des clips inédits. Quel souvenir en garderez-vous ?

Il n’y a pas d’endroit dans le monde où le public est comme les Français ! Ils sont vraiment très réceptifs à ce qu’ils voient et savent manifester leur intérêt. Ils n’ont pas peur des choses sombres, des fins malheureuses. Il y a une relation particulière entre les Français et le cinéma. Je n’avais jamais montré ces films en séance publique, à part quelques-uns à Cannes ou à Sundance. America, America (un montage d’images de l’histoire des USA sur un texte lu par Allen Ginsberg, NDLR) était l’adaptation en film d’une installation. Le texte de Ginsberg est incroyablement prophétique, tout se passe comme il le décrivait. On peut se dire qu’en étant conscient de ce qui s’est passé dans l’histoire, on peut essayer d’être plus unis et capables d’appréhender le présent, même si cela fait un peu cliché ! En particulier pour les personnes LGBTQI, tout peut exploser très vite, devenir hors de contrôle. En tout cas j’ai adoré être ici et partager ces films, j’adore quand les énergies du cinéma et du queer sont réunies.

C’est justement l’objet du clip Glacier, les images et l’histoire LGBT…

C’était un exercice incroyable, je pensais pouvoir déléguer quelques parties du montage séquences par séquences. J’ai mis en place un « template » sur le modèle de celui d’America, America pour faire quasiment 20 films en un ! Si on fait un bout-à-bout, c’est plus long qu’un long métrage ! Et chacun de ces montages pourrait être un film à lui seul. Il y a eu un énorme travail de recherche, des amis m’ont envoyé de nombreuses images, mais j’ai majoritairement utilisé mes propres archives et ma collection de dvd. C’est avant tout un travail de montage et même si cela devenait un peu obsessionnel, c’était un projet merveilleux !

Propos recueillis par Franck Finance-Madureira.
Crédit photo : ©Charles Pietri pour Ecrans Mixtes

Découvrez ci-dessous le clip Glacier réalisé par Jonathan Caouette pour le titre de John Grant : 

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