Fantastic Birthday : de l’autre côté des bougies

Enfant du théâtre australien et du disco des années 1970, Fantastic Birthday offre une chrysalide de sequins et de papier mâché à tous ceux que l’adolescence a pu malmener.

Greta (Bethany Whitmore) vient d’emménager dans une nouvelle ville et n’a qu’un seul ami, Elliott (Harrison Feldman). Sa mère décide de lui organiser une fête d’anniversaire pour ses 15 ans en invitant tout son établissement scolaire et ainsi faciliter son intégration. Mais dans un univers déjà étrange et hostile à l’adolescente, l’angoisse de la fête achève d’exploser les frontières du réel, mettant en lumière de nombreux questionnements liés à ses relations amicales, amoureuses et familiales…

Il est difficile de fêter ce Fantastic Birthday sans penser à la fois à Alice au pays des merveilles, aux films de Wes Anderson et au théâtre de marionnettes. Impossible également de ne pas subir une envie subite de meubles en formica ou de pattes d’éléphants en sortant des aventures de Greta. Et pour cause : l’univers visuel et décalé du film, aussi fort qu’un parfum légèrement vieilli, emporte d’emblée dans ses contrastes et sa fausse impression de pacotille. Pour son premier film, Rosemary Myers, metteuse en scène et directrice artistique d’une compagnie australienne, adapte une pièce de théâtre et ne renie à aucun moment ce milieu aux artifices à mille lieux d’un réalisme lisse. Un parti pris fort, enroulé dans le crépon, les faux décors et les lumières sur-expressives.

Ce choix peut parfois donner l’impression que le film manque de confiance en lui, comme lors du repas chinois en famille où un plan en plongée sur des plats tournants cherche à ajouter un surcroît de cinéma au dispositif théâtral. Mais cela ne rend jamais l’image véritablement intéressante. On se surprend alors à penser aux transpositions littérales d’œuvres de boulevard françaises, à la manière du Prénom qui utilisait également ce type de plans pour “justifier” son adaptation au cinéma. D’autres portions de la séquence et de tout Fantastic Birthday restent cependant beaucoup plus inventives, plus complexes. La comparaison entre du théâtre filmé et le film pur s’arrête donc là où la magie commence : heureusement, cela arrive souvent.

À l’image de ce petit défaut, le rythme du film, dans ses dialogues, ses transitions et son montage, peut déstabiliser. Parfois haché, ténu, maladroit, il épouse les peurs de son héroïne, Greta, particulièrement mal à l’aise dans ce monde qui la dépasse. On peut donc choisir d’accepter – ou non – que les lourdeurs temporelles et les impressions de faux raccords ne soient pas des maladresses, mais bien une volonté d’accord à contre-temps face à la vie. Pari tenu en ce cas mais qui pourrait déplaire au spectateur goûtant peu le bancal.

En revanche, ce Fantastic Birthday se démarque véritablement par son étrangeté palpable et à deux visages. L’un d’eux, très onirique, appartient au monde des loups, des forêts et des enfants déguisés ; l’autre, plus réussi encore, présente la réalité d’une adolescente de manière très délicate, avec la juste dose de décalage, de fantasmes et de malaise pour créer un demi-ton entre l’enfance et l’âge adulte, entre la conscience de l’environnement et son déni. En ce sens, la première partie du film est une véritable réussite, qui se reproduit dès lors que son héroïne quitte les bois pour retrouver le pilier central de l’œuvre : la fête.

La partie imaginaire du film se déroulant en forêt se présente en effet comme la moins originale de Fantastic Birthday car, si elle reprend des codes simples et efficaces, elle les intègre à un schéma très répétitif, plus prévisible et paradoxalement moins onirique que le reste. Le personnage de “l’huldra”, une combattante (incarnée par Tilda Cobham-Hervey), se présente comme le principal intérêt de ce passage, offrant une nouvelle figure féminine froide mais puissante et dévouée, en opposition avec la fragilité enfantine de Greta et l’ambivalence de sa mère ou de ses camarades de classe. L’envie de s’incarner en une femme “forte” se mélange à la peur de ne pas être à la hauteur, probablement aussi de ne pas devenir une adulte admirable et positive.

Pourtant, Greta ne semble pas tant chercher à fuir l’enfance, et c’est bien là le plus surprenant. Jamais elle ne se plaint de grandir ou ne se réfugie dans des comportements véritablement puérils. Ses loisirs sont fins comme des origamis, ses peurs légitimes et sa conversation loin d’être superficielle. Greta est déjà une adolescente bien trempée qui s’ignore et l’axe que la promotion du film met en valeur (la peur de grandir) paraît finalement absent si on ne prend pas le temps de lire entre les lignes. Les problèmes immédiats ne viennent pas de l’âge adulte ni même de Greta mais de son entourage immédiat : du collège et de sa famille. Le potentiel d’attachement aux personnages est pourtant énorme, du toujours enthousiaste Elliott aux invités silencieux mais drôles à souhait de Greta. La scène de danse, longue mais récréative, figure un parfait exemple des ingrédients qui font de ce gâteau d’anniversaire multi-couches – et en même temps très simple – un vrai petit cadeau printanier.

Fantastic Birthday ouvre la voie à de multiples questions posées davantage par le spectateur que par les personnages. Derrière l’esthétique théâtrale et la bande son très appuyée (et réussie), les réflexions sont ici suggérées et non assénées. Il est en tout cas très facile de lire en Greta les inquiétudes qu’on a pu avoir soi-même adolescent, fussent-elles ici présentées quarante ans en arrière et à l’autre bout du monde.

Réalisé par Rosemary Myers. Avec : Bethany Whitmore, Harrison Feldman, Matthew Whittet… Australie. 1H20. Genre : comédie dramatique.  Distributeur : UFO Distribution. Sortie le 22 mars 2017.

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