Emilie Brisavoine arrache tout

Lors du dernier Festival de Cannes, nous avions rencontré Emilie Brisavoine, son énergie, son enthousiasme, son regard vif sur le monde et son premier long métrage, singulier et percutant. Nous vous en avons déjà parlé ici : Pauline s’arrache n’est pas un film comme les autres.

D’ailleurs, au départ, ce n’est même pas un film. Et pourtant c’est complètement du cinéma. Émilie Brisavoine décide un jour de saisir une caméra pour filmer sa demi-sœur en pleine crise d’adolescence. Elle enregistre ainsi pour toujours les aléas d’une personnalité tumultueuse, pleine de contradictions, de colère, de peur, d’incertitude, d’espoir. Pauline aime, Pauline souffre, Pauline vit. Mais capturer l’image de Pauline, c’était aussi enregistrer l’histoire d’une famille singulière : celle composée par la mère d’Émilie, Meaud, et son beau-père, Fred. Des enfants issus de cette union, seule la plus jeune reste encore à leurs côtés, garante angoissée de la cohésion d’une histoire d’amour plus belle que tous les contes de fées, une histoire qui n’aurait jamais dû exister, qui a dû tout braver, contre vents et marées. Mais c’est aussi par Pauline que la tempête arrive : entre l’ado et ses parents, l’amour s’exprime dans une colère permanente. La caméra a beau se faire intrusive, les émotions explosent sans filtre, dans une sincérité désarmante.

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En décembre, nous avions retrouvé la jeune réalisatrice pour la sortie en salles de ce film qui aurait pu ne jamais exister et lui avions ouvert les pages de Clap! n°7 (spécial femmes) pour un long entretien. Émilie Brisavoine fait partie de ces belles rencontres qui peuvent exister dans notre métier de journaliste ciné : de celles qui donnent du sens à une activité trépidante mais toujours précaire, de celles qui laissent l’impression d’être sur la même longueur d’ondes, de rêver le même monde, de le regarder avec les mêmes yeux. Échanger avec un réalisateur ou une réalisatrice en interview, ce n’est pas seulement l’interroger sur un objet unique, le questionner sur un temps précis de son travail, mais c’est l’opportunité toujours attendue de discuter cinéma pour mieux refaire le monde, de dialoguer sur les enjeux du 7e art et des arts en général, de découvrir les préoccupations et les passions d’un individu derrière le film qui nous a conduit à lui ou à elle, et qui n’est souvent que l’arbre qui cache une forêt d’idées. Avec Émilie Brisavoine, la discussion fut riche et l’envie de travailler ensemble immédiate. Ainsi, quand nous avons réfléchi à l’artiste que nous souhaitions mettre à l’honneur pour la couverture de Clap! n°9, le choix fut évident. Par chance, Émilie Brisavoine a répondu à l’appel avec l’énergie et l’engagement qui la caractérisent. Quel plaisir de découvrir les beaux dessins que cette artiste au trait affirmé, également professeur d’arts appliqués, avait réalisés pour croquer Xavier Dolan sur fond vert pomme. Le coup de crayon de la réalisatrice de Pauline s’arrache éclaire donc cette nouvelle couverture et habite également le dossier Canada de ce numéro. Pour rencontrer l’artiste et (re)découvrir son film, nous vous donnons rendez-vous au Chaplin St Lambert lundi 11 avril 2016 à 20h30 dans le cadre du Festival Ciné-Rebelle où elle sera là pour échanger sur son travail. Pour réserver, c’est par ici.

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Carole Milleliri

Carole Milleliri

À dix ans, Carole est sûre d’une seule chose : l’unique endroit où elle se sent bien, c’est dans une salle de cinéma. Peu après, elle tombe aussi dans le bain des séries avec The X-Files, puis plonge littéralement avec Buffy The Vampire Slayer. Aujourd’hui, elle partage son temps entre enseignement, critique, programmation et écriture de scénarios.

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