Dominer le monde : les séries historiques anglo-saxonnes

Dessous de la puissance : une leçon cathodique

dominer le mondeDominer le monde : les séries historiques anglo-saxonnes se propose d’analyser les liens entre l’histoire moderne des pays anglophones et les séries produites par ces mêmes nations. Conquête de l’Ouest, guerres, féminisme… De nombreux thèmes sont passés en revue à travers un spectre chronologique simple et efficace.

L’ouvrage est-il digeste ? Dans un premier temps, le grand nombre de séries citées par page peut effrayer : ce name dropping est impressionnant. Est-on censé tout avoir vu, tout connaître ? Pas le moins du monde, semble nous rassurer l’auteur, qui choisit bien évidemment de se concentrer sur les éléments d’intérêt. Il prend soin de contextualiser chacun des exemples et agrémente parfois ses analyses d’un trait d’ironie appréciable, nous gardant près de lui comme un professeur inspirant. Il est non seulement perceptible que Ioanis Deroide a visionné et travaillé sur un grand nombre de séries mais aussi que cela ne s’est pas fait sans amour. La passion et le savoir cohabitent donc avec succès dans ces pages.

Le défaut majeur de Dominer le monde provient de ses qualités didactiques. L’ouvrage passe parfois abruptement d’un thème à un autre là où on aimerait approfondir, se pencher sur davantage d’exemples ou sur une analyse plus précise d’un élément. On peut citer par exemple la question afro-américaine parmi d’autres vastes et importants domaines. De plus, si chaque chapitre contextualise souvent les sujets traités avec élégance, un minimum de bagage est demandé à l’entrée afin de pouvoir apprécier le voyage. Il est probable que si vous n’avez jamais regardé de série anglophone, ou très peu, vous vous sentiez parfois hors jeu. De même si vous avez tendance à mélanger les grandes dates de l’histoire… et parfois même ses enjeux !

En revanche, même perdu entre deux titres ou deux événements réels, vous trouverez toujours une approche ludique, factuelle ou mordante à votre goût : les dessous des scénaristes communistes « cachés » derrière du cape et d’épée, les évolutions des « papas réacs » dans les sitcoms ou les descendants du Lone Ranger sont autant d’études de cas à la fois implacables et divertissantes au possible, même pour qui n’aurait jamais vu un seul des titres cités.

Dominer le monde appelle en outre à la recherche par soi-même puisque le véritable voyage ne commence qu’une fois la dernière page lue : désormais, on abordera les séries d’antan autrement, on cherchera peut-être à voir un ou deux épisodes d’un show presque disparu et on se questionnera sur les titres récents tels Poldark, Rome ou Downtown Abbey. Ainsi, il ne s’agit pas exactement d’un ouvrage qui se suffirait à lui-même pour passer ensuite à autre chose. Ici, on souhaite poursuivre l’enseignement par soi-même : Ioanis Deroide propose une excellente rampe de lancement pour qui souhaiterait se plonger dans les séries anglophones et leurs liens avec l’histoire. Cet ouvrage s’adresse principalement aux amateurs d’histoire moderne ou aux fans de séries anglophones souhaitant se parfaire dans l’autre de ces deux domaines. Certains passages, très spécifiques, ne parleront donc pas à tous. En revanche, néophytes comme spécialistes y trouveront des anecdotes croustillantes, des explications pertinentes à certains phénomènes, du mordant “nostalgique-malgré-elles” des sitcoms à la dissection de la tendance ultra-violente “It’s not TV, it’s HBO !”.  Il en résulte un réel et global plaisir de lecture, soutenu par une écriture simple et percutante. Et vous saurez alors comment, en partie grâce aux séries historiques anglophones, on a enfin pu montrer l’esclavage des Noirs de leur point de vue ou, côté femmes, comment l’infirmière soumise a pu devenir celle qui dirige un cunnilingus !  Bien que très universitaire, cet ouvrage de bonne facture peut donc satisfaire un vaste public et conduire le néophyte à s’interroger comme l’amateur à se parfaire.

Dominer le monde : les séries historiques anglo-saxonnes de Ioanis Deroide. Vendemiaire Editions. 213 pages.

 

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