Dirty Dancing a trente ans !

Le film qui a révélé au grand public le déhanché de Patrick Swayze ressort en salles le 6 décembre 2017 pour son trentième anniversaire (et oui, ça pique…). Comment résister à la tentation de plonger à nouveau dans le « guilty pleasure » ultime ? Clémence Besset vous invite à un petit voyage sur la route des souvenirs… 

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Le sceau du kitsch est apposé sur Dirty Dancing. Certains le décrient radicalement quand d’autres l’élèvent au rang de mythe. Toujours est-il qu’il ne laisse jamais indifférent. Bébé et moi n’avons aucun point commun et pourtant, cette fille-là a quelque peu bouleversé mon adolescence. Viens par là, on va discuter de ma puberté.

Eté 1995, une chaleur écrasante à faire pâlir Râ, douze années au compteur et l’ennui comme seule occupation. Comme au temps de la Prohibition, on me refile sous le manteau – ou plutôt sous le débardeur – la VHS de Dirty Dancing. Cette jaquette tape-à-l’œil pique ma curiosité. Il paraît que c’est un immanquable qui va, selon certaines, changer le cours de ma vie. Typo flashy, robe rose pêche et couple enlacé, il ne m’en faut pas plus pour, sitôt rentrée, glisser la bande dans le vieux magnétoscope familial. L’effervescence de l’adolescence et la puberté chevillée au corps, je frissonne dès les premières notes de Be My Baby des Ronettes. Un feu d’artifice d’hormones jaillit. Le cœur serré et les mains moites, la tête à 30 centimètres de l’écran, je suis bouche bée.

Eté 1963, Frédérique dite Bébé débarque avec ses parents et sa sœur à la pension des Kellerman. On ne va pas se mentir, ça ne sent pas la grosse éclate, ces vacances. Une bouille rondouillarde, un sourire ravissant, un gros pull en mohair importable et ce petit quelque chose de charmant qui n’appartient qu’à elle. Exit les canons de beauté habituels, les grandes blondes à la taille mannequin et autres bombes couchées sur papier glacé. Cette fille-là est bien ancrée dans le réel, celui de la projection possible, de la-vie-la-vraie-enfin-presque. Et elle veut sauver le monde. De quoi en faire la figure de proue des féministes, enfin dans ma tête de pré-ado. Bébé a définitivement tout pour me plaire. Je me fiche pas mal du corps d’athlète de Patrick Swayze. Je veux la voir apprendre à danser, s’émanciper de son papa chéri et tomber amoureuse. Disons-le tout de suite, Dirty Dancing ne brille pas pour ses qualités scénaristiques ou pour sa réalisation exceptionnelle. Et ce n’est pas vraiment ce qu’on lui demande.

Ne le dites pas à son père

Dès son arrivée, Bébé sait qu’elle va s’emmerder avec les vieux et file donc s’encanailler avec le staff de la pension. Elle croise ce sacré rebelle de Johnny et sa méchante partenaire de danse Penny. Cette nunuche de Penny tombe enceinte (on ne l’aime pas trop au début, et puis en fait elle devient sympa). Comme par magie, Bébé est la seule à pouvoir la remplacer pour le gala. Faut pas chercher, il y a vingt danseuses disponibles mais on pense à Bébé qui n’a jamais foutu un pied sur une scène. Non, vraiment, la crédibilité du scénario, on s’en fiche un peu. Bref, Bébé travaille dur, accrochée au cou de son partenaire, et ce qui devait arriver arriva : elle tombe amoureuse. C’est la fin des haricots pour cette jeune fille de bonne famille. Il faut dire que Johnny n’est pas vraiment le gendre idéal. Il est vulgaire, bagarreur et, pour couronner le tout, a engrossé Penny. Enfin, c’est ce que pense le papa de Bébé. Le quiproquo de fou ! C’est vraiment pas gagné pour Jojo le rebelle. Bon an mal an, Bébé affronte papa chéri et impose son mec. Quand je vous disais que cette fille en avait sous le capot… Du haut de ses 16 ans (presque 25 dans la-vie-la-vraie), Bébé l’adolescente mal dégrossie se meut en femme et ce n’est pas moi qui le dit : « Frédérique, c’est le prénom d’une vraie femme », dixit Johnny à sa douce après une partie de jambes en l’air ellipsée.

Ne le dites pas à ma mère

Mes hormones et moi, on se met d’accord à la fin de la première vision dudit film. On reste tranquille quelques années et on verra ça plus tard. Tous ces corps dansants et reluisants qui s’entrechoquent font partie du décor, ni plus ni moins. Et j’ai mis quelques années à comprendre ce que signifiait ceci : « Essaie de faire mousser ton spaghetti et, en attendant, laisse faire les gros calibres. » C’est quoi cette histoire de spaghetti, ils sont en train de mettre la table ? Passons sur ma naïveté de l’époque. Je sens bien que ce film n’est pas de mon âge. Il y a bien trop de gros plans sur des hanches collées-serrées pour que ça passe auprès de l’autorité parentale. Cette merveille de VHS reste donc planquée dans ma pile de lettres top secrètes, qui ne doit pas être si bien cachée que ça après réflexion. Et dès que ma mère tourne les talons : VHS, magnéto, à 30 centimètres de l’écran. L’été 1995 s’achève. Mes seins n’ont toujours pas poussé. Preuve s’il en faut qu’il me reste encore quelques années avant de devenir, à mon tour, une femme. Mais je m’en fiche pas mal car je possède le pouvoir de changer la vie d’une autre.

Le passage du flambeau

« Il faut que je te montre un truc méga-supra important mais pas un mot. » Nous nous tenons côte-à-côte. Je la regarde du coin de l’œil, elle est bouche bée. Je ne suis pas peu fière d’être, à mon tour, celle qui dévoile ce grand mystère. Je lui ouvre la voie de la connaissance et sa vie ne sera jamais vraiment plus comme avant. Une fois la projection finie, elle me réclame à cor et à cri de lui prêter ce magnifique objet : « S’il te plaîîîît. Sinon je meuuuurrrs. » Je cède, à contrecœur. Inutile de préciser que je n’ai jamais revu la couleur de cette VHS. En passant, si tu me lis, RENDS-MOI CETTE CASSETTE !

L’assumer

Depuis, mes seins ont un peu poussé, et j’ai enfin saisi ce que cachait cette histoire de spaghetti. Je reste insensible aux charmes de feu Patrick Swayze mais je prends un malin plaisir à défendre bec et ongles ce film. Il faut sans cesse jongler selon les arguments du détracteur. Entre les « c’est pour les gonzesses », les « c’est une très mauvaise comédie romantique » et les « elle est moche la nana ». Jennifer Grey est la plus sublime des femmes permanentées et, étant docteure ès comédie romantique, je peux jurer cracher qu’on ne fait pas mieux en la matière. Dirty Dancing fait partie de ces films estampillés « mauvais goût ». Mais il possède le pouvoir magique de me ramener incontestablement à mes douze ans. Une douce nostalgie qui vaut bien toutes les critiques du monde. Et surtout, surtout, ne me parlez pas de Ghost.

Dirty Dancing (1987). Réalisé par Emile Ardolino. Ecrit par Eleanor Bergstein. Avec Patrick Swayze, Jennifer Grey, Jerry Orbach, Cynthia Rhodes, Kelly Bishop… Distributeur : Splendor Films. Durée : 1h40. Ressortie : 6 décembre 2017. Séance exceptionnelle au Grand Rex (Paris) le 4 décembre à 21h30.

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