Comic Con Paris : James Marsters, Metal Hurlant… et Buffy

« We’re all freaks ! »

Samedi 24 octobre, les visiteurs du Comic Con regrettent l’absence de Maisie Williams (Game of Thrones), qui a dû quitter Paris précipitamment. Mais la journée est loin d’être perdue grâce à l’homme du jour : James Marsters, immortel Spike de Buffy The Vampire Slayer, présent pour évoquer la série Metal Hurlant Chronicles aux côtés du réalisateur Guillaume Lubrano et du compositeur Jesper Kyd. Retour sur un panel riche en infos et en émotions : morceaux choisis.

  • Intégrer le projet Metal Hurlant Chronicles

Jesper Kyd : J’étais très fan des comics français et belges depuis longtemps, et de Metal Hurlant en particulier. Donc pour moi, c’était un rêve qui se réalisait. En plus j’avais déjà travaillé avec Guillaume (Lubrano), donc quand il m’a proposé de le suivre sur ce projet, c’était une excellent nouvelle et j’étais très honoré d’en faire partie.

James Marsters : Quand j’étais jeune, je regardais beaucoup La Quatrième dimension à la télévision. Et je me souviens de mettre dit que j’étais né trop tard. Dans cette série, on trouvait de très bonnes idées, de très bons acteurs… et des fins horribles pour tous les personnages ! Mais d’une façon très surprenante. Vous vous souvenez de La Quatrième dimension ? On s’imaginait toujours la chute, et l’issue de l’épisode était toujours pire. J’ai toujours rêvé de jouer une fiction comme ça. Aux USA, quand les comics Metal Hurlant sont sortis, je me suis dit que c’était une version moderne de La Quatrième dimension, avec des histoires passionnantes et des chutes brutales. Puis il y a eu un film et je me suis dit que j’avais raté le coche, que je ne serai jamais dans un projet comme ça. Une autre chose que j’aimais avec La Quatrième dimension, c’était le format de 20 minutes, qui exigeait que toute l’histoire et tout son univers devaient être condensés dans cette temporalité. Chaque plan et chaque mot étaient importants. Quand Guillaume m’a envoyé le script de Metal Hurlant, c’était comme un rêve devenu réalité.

Yaële Simkovitch, James Marsters, Jesper KydJesper Kyd au Comic Con Paris, samedi 24 octobre 2015

 

  • Tourner en Europe : quelles différences ?

James Marsters : Il n’y a pas de différences. Soit les gens impliqués dans le projet savent faire des films, soit ils ne savent pas, c’est tout. Si on est avec une équipe qui sait ce qu’elle fait, l’atmosphère est détendue et amicale. Dans le cas contraire, c’est le chaos. Sur toute la planète c’est pareil : on peut se saigner à quatre veines sur le plateau et le réalisateur va applaudir et te dire « bon travail », mais le reste de l’équipe n’en a rien à faire. Tu auras les félicitations du réalisateur cinq secondes, et ensuite on passera au plan suivant. Si on compare les rues de Los Angeles et de Paris, les deux lieux sont très différents, mais quand il s’agit de plateaux de cinéma, c’est la même chose des deux côtés de l’Atlantique. Où que nous soyons, nous sommes des artistes, donc nous ne sommes pas normaux. La différence entre un artiste en France et un artiste à Hollywood, il n’y en a pas tant que ça. Nous sommes tous des freaks !

Guillaume Lubrano : Que l’on soit aux USA ou France, ce qui compte ce sont d’abord les compétences effectivement. La différence réside en fait dans les financements. Aux États-Unis, une chaîne est capable de produire un show entièrement, en étant déficitaire. En France, c’est quelque chose qui n’existe pas. D’autres territoires prennent aussi des risques dans le monde anglophone. Un exemple très simple : prenez le cas de la BBC… qui fait une super série qui s’appelle Dr Who. LA BBC gagne autant, voire plus, d’argent avec l’export de ses programmes à l’étranger que dans son pays. Donc c’est une approche totalement différente de la production et de la fabrication des séries que l’on a en France. C’est là aussi que se joue le fossé entre le marché hollywoodien, industriel, et le modèle français. Aux États-Unis, on va prendre vite beaucoup de risques, en lançant en production 12 épisodes, voire 24, quand nous sommes plutôt sur 6 ou 8 épisodes. Ce qui ne nous empêche pas de faire de bonnes séries en France ! Et les choses commencent aussi à évoluer un petit peu. Même les diffuseurs se rendent compte qu’une série doit pouvoir s’adresser à un public plus large que le seul public français.

Guillaume Lubrano, réalisateur de Metal Hurlant ChroniclesIMG_1219

 

  • Les choix de l’adaptation

Guillaume Lubrano : Pour chaque saison, il y a eu vraiment trois ou quatre histoires qui étaient celles que je préférais. Ensuite il y avait toujours une ou deux histoires que j’étais obligé de sélectionner par rapport à des problématiques budgétaires, parce qu’on avait pas un budget gigantesque sur la série. Ça s’est vraiment joué comme ça sur la saison 1. Sur la saison 2 ça allait un peu mieux car on avait un budget un peu plus important. On a adapté des histoires qu’on n’aurait jamais pu porter à l’écran en saison 1, comme « L’Endomorphe ». Arrivé en saison 2, je me disais qu’il fallait obligatoirement qu’on adapte cette histoire-là. Parce que c’est trop bien de pouvoir faire un truc avec un lapin géant tueur ! J’ai un truc avec les lapins, les grands. Si vous avez vu La Quatrième dimension, le film, vous savez ce que je veux dire… Après on fait des cauchemars la nuit.

  • Le choix de James pour le projet Metal Hurlant Chronicles

Guillaume Lubrano (après un instant de silence): Je suis fan de Buffy moi aussi, donc là je l’écoute comme vous ! Donc c’était un plaisir énorme de pouvoir avoir James dans ma série. Quand j’ai fait la première saison, je ne savais pas si ça allait durer derrière, donc je me disais qu’il fallait saisir l’opportunité de travailler avec des gens avec qui j’avais vraiment envie de bosser. Et j’ai eu une grande chance de pouvoir travailler avec James. Je suis aussi un grand fan de Blade Runner et j’ai eu la chance de travailler avec Rutger Hauer. Donc j’étais complètement liquéfié avant de le rencontrer.

  • L’accueil de Metal Hurlant Chronicles dans le monde

Guillaume Lubrano : Les saisons 1 et 2 sont sorties en DVD et Blu-Ray aux États-Unis et, belle surprise, on vient d’apprendre que c’était la série française la plus vendue là-bas, devant une série comme Le Transporteur, produit avec des fonds bien plus conséquents. Pour Metal Hurlant, on a été entre 1,2 et 1,5 million d’euros par saison, quand d’autres séries du même genre coûtent la même chose par épisode. Ça montre juste qu’il y a un vrai suivi de la communauté, des gens qui connaissent un peu cet univers créatif et qui y sont réactifs. À l’heure actuelle, la série est distribuée dans une centaine de pays. C’est quelques chose pour une série quand il ne s’agit pas d’une revente de format, mais de l’exportation de la série originale.

James Marsters parle de BuffyJames Marsters : On y est, c’est parti ! D’abord, je n’ai pas écrit Buffy, je n’ai pas réalisé Buffy, je n’ai pas produit Buffy, donc je ne me vante pas quand je dis : Buffy était géniale !! J’ai fait pour Joss Whedon ce que j’ai fait pour Guillaume. Je me mets devant mon marqueur et je fais ce qu’on me dit de faire. Les raisons pour lesquelles Buffy est une série géniale, il y en a plein mais je vais en choisir trois :

1- La série parle du fait de grandir, comment on grandit quand on se rend compte que les parents ne savent pas de quoi ils parlent, que nos professeurs ne comprennent même pas le sujet qu’ils enseignent. Comment on arrive à grandir sans abandonner, en restant une force positive dans le monde. En littérature anglophone, les autres auteurs qui ont parlé de ça sont Shakespeare dans Hamlet et Salinger dans L’Attrape-cœurs (Catcher in The Rye).

2-  C’est une série subversive. Quand on est enfants, on nous raconte des mensonges, mais on ne sait pas qu’on nous ment. Ces mensonges incluent : la violence fonctionne, tu peux t’acheter une identité, les vieilles personnes sont ennuyeuses…. Et, en particulier, Buffy a brisé le mensonge qui consiste à dire que les femmes ne peuvent pas se défendre elles-mêmes.

3- Buffy avait neuf auteurs, les meilleurs d’Hollywood, et Joss leur a demandé de raconter leur pire journée, celle dont ils avaient le plus honte, leur pire souvenir, le jour dont ils ne voulaient parler à personne et qui les tenait éveillés la nuit. Et ensuite mettre des dents de vampires sur leur honte et la raconter au monde entier. C’était très courageux et chaque semaine on voyait ces auteurs venir sur le tournage avec la peur dans le ventre que l’on comprenne ce dont ils parlaient vraiment, leurs secrets révélés. Mais ils n’ont jamais abandonné, ils sont restés forts tout au long de la série.

James Marsters au Comic Con Paris, 24 octobre 2015 ©Clapmag.comJames Marsters au Comic Con Paris, 24 octobre 2015 ©Clapmag.comJames Marsters au Comic Con Paris, 24 octobre 2015 ©Clapmag.com

James Marsters à l’antenne de la web-radio officielle du Comic Con + Quand les fans ont James Marsters dans la peau.

Crédits Photos : ©Carole Milleliri – Clapmag.com / Remerciements à l’équipe de Pourquoi Buffy C’est Génial

 

Carole Milleliri

Carole Milleliri

À dix ans, Carole est sûre d’une seule chose : l’unique endroit où elle se sent bien, c’est dans une salle de cinéma. Peu après, elle tombe aussi dans le bain des séries avec The X-Files, puis plonge littéralement avec Buffy The Vampire Slayer. Aujourd’hui, elle partage son temps entre enseignement, critique, programmation et écriture de scénarios.

Une pensée sur “Comic Con Paris : James Marsters, Metal Hurlant… et Buffy

  • 25 octobre 2015 à 19 h 06 min
    Permalink

    Serait-il possible d’avoir l’enregistrement de toute la conf?

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *