Dans BORN TO KILL, les monstres portent même des uniformes

Si on devait féliciter la télévision anglaise pour une chose en particulier, ce serait sûrement pour son refus des personnages lisses et stéréotypés. En nous plongeant dans la psyché perturbée d’un adolescent a priori sans histoire, Born To Kill confirme l’amour des Britanniques pour les héros aux zones d’ombres envahissantes. On ne s’en plaint toujours pas.

Le Festival Séries Mania, toujours prompt à dénicher des pépites venues du monde entier, avait aiguisé notre curiosité pour Born To Kill dès l’annonce de sa programmation. Et pour cause. Channel 4, qui la diffuse chaque jeudi dès le 20 avril 2017, est une des chaînes les plus intéressantes du Royaume-Uni. Black Mirror, Queer as Folk, The IT Crowd, mais aussi Skins et Misfits (via sa filiale E4) : Channel 4 est à elle seule responsable de très nombreuses heures de notre consommation sérielle. L’excitation était donc de mise puisque la chaîne est aussi à l’aise avec l’adolescence que les sujets de sociétés sensibles, le portrait d’un ado à l’âme assombrie par des pensées mortifères pouvait se révéler détonnant.

Après le visionnage des deux premiers épisodes (sur quatre), aucun doute : Born To Kill devrait faire parler d’elle ! Créée par la scénariste Tracey Malone (Rillington Place) et la comédienne Kate Ashfield, la mini-série se concentre sur le jeune Sam, 16 ans. Jeune garçon sans problème, Sam cuisine pour sa mère, tient compagnie aux patients du service gérontologique où elle travaille et vient même au secours d’un élève de son lycée malmené par les brutes de service. En deux mots comme en cent, Sam est un bon garçon. Sauf qu’il est hanté par un traumatisme d’enfance d’origine inconnue et qu’il s’est développé une véritable fascination pour la mort. Non pas l’acte violent qui y mène, mais l’état de mort lui-même. D’où lui vient cette obsession ? Mystère. Mais elle va bouleverser son existence.

Jack Rowan in Born to kill Sam, gueule d’ange & âme démoniaque (Jack Rowan)

D’entrée de jeu, Born To Kill annonce la couleur. Son titre programmatique ne cache rien du devenir de son jeune héros. Sam tuera puisqu’il est né pour ça. Dès lors, chaque passage obligé de l’œuvre sur l’adolescence se teinte d’un malaise palpable et inévitable, que ce soit dans cette amitié soudaine avec un jeune garçon en quête de sécurité, cette amourette naissante avec la petite nouvelle du lycée ou cette relation empêtrée dans le mensonge qu’il tisse avec sa mère. Chaque personnage peut se transformer en victime et chaque tension mener au drame. Un malaise amplifié par une ambiance forcément anxiogène, des cadrages obliques incroyablement étouffants, des partitions musicales tendues, et surtout ce regard ténébreux, là, sur le visage de Sam. Un jeune héros dont les sourires forcés cachent une âme profondément destructrice. Sam est faux, Sam est perdu, dans sa tête, dans son parcours. Et nous, spectateurs, ne pouvons nous empêcher de le regarder changer, s’assumer, se salir. Comme on ne peut s’empêcher de regarder un accident de la route lorsqu’on passe à côté. Comme nous dans ces moments-là, Sam observe, scrute chaque détail qui l’entoure. Quand le drame arrive enfin, il en résulte un calme presqu’apaisant. Pour Sam, comme pour le spectateur, rassuré voire satisfait que le crime ait finalement eu lieu. L’âme humaine est ainsi faite, poussée vers le vice et le macabre. Born To Kill joue de cette curiosité malsaine et attire nos regards pervers comme il transforme progressivement celui de Sam. Dire que la série de Channel 4 est une jolie découverte nous semble alors mal venu, tant elle titille cette part de nous qu’on ne saurait assumer. Mais cette grande qualité en fait véritablement une mini-série à part dans le paysage audiovisuel international.

Born to kill, créée par Tracey Malone et Kate Ashfield. Avec Jack Rowan, Romola Garai, Danny Mays, Lara Peake, Jack Rowan, Elizabeth Counsell. Thriller psychologique. Diffusée sur Channel 4 à partir du 20 avril 2017. Découverte au Festival Séries Mania 2017.

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