BELOW THE SURFACE : dans l’enfer de la peur

Les scénaristes danois ne se contentent pas d’avoir du talent et des distributeurs confiants, ils savent aussi aborder les sujets les plus délicats du moment. Alors que l’explosion du terrorisme en Occident pétrifie les citoyens et ôte aux chaînes françaises tout courage créateur, Kasper Barfoed et ses producteurs Adam Price (Borgen) et Søren Sveistrup (The Killing) osent raconter l’insupportable dans leur série coup de poing Below the Surface.

Cette 8ème édition de Séries Mania nous aura permis de découvrir sur grand-écran l’avant-dernière création des productions SAM, la série dramatique Below the Surface. Huit épisodes consacrés à l’enfer d’une prise d’otages dans une rame, puis un tunnel, de métro. Un sujet anxiogène s’il en est, prompt à rafraîchir les volontés créatrices de nombre de décideurs télévisuels. Selon un lieu commun de producteurs, les spectateurs n’aiment pas avoir peur et veulent se détendre devant leurs postes de télévision : c’est certainement pour ça que fleurissent les thrillers télévisuels mettant en scène serial killers et autres cannibales… Lorsque les diffuseurs et producteurs tolèrent les thèmes dérangeants, ceux-ci doivent être traités de manière solaire. Or, s’il est un adjectif que l’on ne peut pas appliquer à la création de Kasper Barfoed, c’est bien « solaire ». Below the Surface est une série qui prend aux tripes, qui fait monter notre tension au-delà de ce qui est agréable, qui nous accroche et ne nous lâche pas pendant les 44 minutes de chaque épisode.

Un matin, trois hommes armés prennent d’assaut la rame à moitié vide d’un métro de Copenhague. À bord, quinze usagers terrorisés sont débarqués puis menés dans un tunnel adjacent où une cage les attend. Les assaillants ont pensé à tout, tout calculé, ils ont un plan et visiblement ont prévu avec minutie les moindres réactions. Cette assurance, plus encore que leurs fusils automatiques ou les explosifs dont ils ont cerné la cage, est ce qui leur permet de dépasser le statut de simples méchants de fiction pour incarner de véritables monstres de cauchemar. De leurs motivations, finalement on ne sait pas grand-chose. Ils exigent une rançon pour libérer leurs otages, mais est-ce vraiment l’argent qui les motive ? Ou bien ont-ils des objectifs moins prosaïques et plus sanglants ? Sont-ils de dangereux opportunistes ou de simples fanatiques ? L’histoire et l’actualité induisent une grille de lecture plus angoissante, à la fois chez le spectateur et chez les protagonistes. Que ce soit auprès de Philipp, le chef de la cellule anti-terroriste et ancien otage lui-même, en charge des négociations, Naja, la journaliste ayant reçu l’honneur douteux d’être choisie par les terroristes comme intermédiaire, ou bien les otages, ces quinze anonymes récompensés d’une médiatisation terrifiante, tous ne peuvent s’empêcher de s’attendre au pire.

Below the surface by ClapMag

Mais sous quelle forme se cache ce pire ? Une mort rapide ? Une libération lente ? La torture physique ? Psychologique ? Below the Surface explore avec maestria les notions d’angoisse, d’impatience et d’insupportable. Chaque épisode est long, trop long. Vissé à son siège, le spectateur prie pour que ça s’accélère et que ça s’arrête enfin. Comme les otages qui veulent se réveiller de ce cauchemar, ou partir vite. L’attente et l’incertitude sont des tortures plus violentes qu’une explosion sanglante ou une balle dans la tête. Et y survivre se paye chèrement. En consacrant un épisode à chaque journée de la prise d’otage, la série rend tangible le temps qui ne passe pas, la tension qui s’accumule sans trouver d’exutoire acceptable. Le tour de maître de Below the Surface est de réussir, sans voyeurisme ni facilité scénaristique, à transmettre pleinement l’angoisse de ses protagonistes, qu’ils soient otages, intermédiaire ou négociateurs. La porosité de la série nous permet surtout de dépasser ce statut de spectateurs du terrorisme pour nous mettre dans la peau suintante des victimes. Nous ne sommes plus simplement témoins distants d’un acte d’horreur indicible, nous le vivons sans fantasme, nous confrontons nos peurs à la réalité de l’action. Encore une fois, qu’est-ce que le pire ? Une mort, même violente ? Ou ne pas savoir ce qui nous attend ? À quelle sauce allons-nous être mangés ? Voilà l’angoisse qui habite nombre d’Européens confrontés à des actes de terreur. Below the surface redéfinit la terreur. Et si l’enfer, désormais, c’était de ne plus pouvoir ? Ne plus avoir le pouvoir d’être, ne plus être capable d’agir, être prisonnier des pouvoirs menaçants des autres.

Un suspense insoutenable, une situation intolérable, une réflexion puissante : Below the Surface est une claque télévisuelle qui vous scotchera à votre siège.

Below the Surface (Gidseltagningen), créée par Kasper Barfoed. Avec Johannes Lassen, Sara Hjort Ditlevsen. Thriller danois. 8 épisodes 42min. Diffusée depuis le 2 avril 2017. Découverte au Festival Séries Mania 2017. 

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Vinciane Mokry

Vinciane Mokry

Tombée de son berceau dans les livres, tombée de son vélo dans l'écriture, tombée devant les films de Wilder en VO à 11 ans et tombée encore plus tardivement devant la télé, Vinciane se nourrit d'imaginaire. Depuis, avaleuse de séries en tout genre, avec une prédilection pour les jolies créations de HBO, elle s'efforce aussi de découvrir les quelques pépites dissimulées dans la fiction française. Après tout, étant scénariste, il lui est bon de se tenir informée de la concurrence...

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