7 minuti : L’usine du drame

L’usine au cinéma : vaste champ cinématographique. Nombreux sont les films qui ont abordé le sujet sous des angles différents : Les Temps Modernes, Rosetta, Deux jours, une nuit ou Ressources humaines pour ne citer qu’eux. Si l’usine fait autant parler, c’est qu’elle est au coeur de notre économie, depuis toujours, même si on la cache aux portes de nos villes. Mais ces usines et leurs “petites mains” subissent de plein fouet la crise et ses violences du quotidien.

Par Clémence Besset

Onze déléguées du personnel doivent décider de l’avenir de leur usine après le rachat de celle-ci par un groupe français. Onze femmes prises à partie pour décider du sort de 300 autres employés. Si elles acceptent de réduire leur pause de 7 minutes, les nouveaux dirigeants conserveront tous les emplois actuels. Mais renoncer à ces 7 minutes, c’est renoncer à ses droits, grignoter ses maigres acquis sociaux. Ceux-là même qui ont été durement gagnés. Un retour en arrière sans concession. Ça vous rappelle quelque chose ? Lejaby ? Continental ? Danone ? Renault et tant d’autres ? La petite musique du drame, un refrain incessant.

Ces onze femmes s’enferment dans une salle en verre, réceptacle d’un huis clos cornélien. Chacune expose son choix et ses arguments. Certaines changent d’avis, d’autres campent sur leur position et se déchirent. Les amitiés se défont au fil de la discussion. Puis le tragique calcul est posé sur la table. 7 minutes de pause, c’est 900 heures de travail offertes gratuitement à l’usine tous les mois. Cette même usine qui les paye 1000 € par mois pour leur travail. Ce chantage servira sûrement d’exemple et d’autres usines l’appliqueront si elles acceptent. Renoncer à ces 7 minutes, c’est conserver son travail et le peu de dignité qui va avec. En filigrane, on aperçoit les difficultés économiques de l’Italie, la crise migratoire qu’elle subit, le racisme ambiant et le traitement des salariés, la misère sociale. Chacune de ces femmes se fait le porte-étendard d’une de ces causes. Autant de sujets qui mériteraient un traitement plus poussé. Ici, tout est survolé.

Cette scène de huis clos est de loin la plus intéressante. On aurait pu aisément se passer du reste. On perd un quart d’heure au début du film à suivre l’arrivée des déléguées du personnel à l’usine. Un quart d’heure de “bonjour”. On l’aura compris, les Italiennes sont très polies. Ce quart d’heure aurait pu être utilisé à bon escient. Il en va de même pour la réunion du patronat qui se déroule aussi dans une salle en verre. Le miroir ne fonctionne pas. Les petits patrons buvant du vin pendant que les ouvrières se déchirent, ça nous met même pas mal à l’aise. Effet raté.

Dernière petite interrogation mais pas des moindres : Clémence Poésy joue le rôle d’une immigrée bulgare qui parle français (va savoir pourquoi, ce n’est jamais justifié) et italien. Une actrice bulgare, c’était introuvable ?

7 minuti. Un film de Michele Placido. Avec Ottavia Piccolo, Anne Consigny, Clémence Poésy…. Durée : 1h 28.  Date de sortie : 28 mars 2018.

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