20th Century Women : Jamie et ses drôles de dames

papier issu du 14e numéro de Clap!

Il y a six ans, Beginners abordait avec sensibilité la relation de Mike Mills avec son propre père. Décidément très attaché à son parcours personnel, le réalisateur américain s’inspire désormais de son enfance et dresse avec 20th Century Women le portrait nuancé de trois générations de femmes perdues au sein d’une société qui se cherche tout autant. 

1979, États-Unis. Les temps changent, subrepticement. Pas de bouleversement, mais une évolution, constante, inquiétante. La guerre du Vietnam, terminée depuis quelques années, a démoralisé le pays. Le Watergate a fait couler un président. Jimmy Carter, à la tête du pays, se désole de voir la société de consommation s’installer durablement. Beau reflet d’une angoisse nationale : l’individu n’est-il plus que la somme de ce qu’il possède ? La solidarité, la communauté sont-elles en train de disparaître ? Au milieu de ce climat peu enclin à l’épanouissement personnel se trouve Jamie, 15 ans. L’adolescent a l’avenir devant lui, mais aussi, a fortiori, bon nombre d’inconnues. Qui deviendra-t-il en ces temps obscurs ? À quels repères peut-il se fier ? Sur quelles constantes peut-il se reposer ? Inquiète de son avenir, Dorothea, mère célibataire quinquagénaire, demande à deux jeunes femmes de son entourage, Abbie, artiste punk d’une trentaine d’années, et Julie, adolescente lunaire de 17 ans, de l’aider à faire de son fils un homme bien. Toutes deux acceptent. Le principal intéressé ne sera évidemment jamais consulté.

Que les héros de 20th Century Women évoluent dans une grande bâtisse aussi envoûtante que délabrée est loin d’être un hasard. Une demeure chargée de souvenirs, de caractère, mais fragilisée, en constantes réparations… à l’image du pays ? Si le titre même du film annonce un portrait de femmes (du siècle dernier, donc), l’oeuvre de Mike Mills en profite pour prendre la température d’une société en pleine mutation. Une ère de changements que la mère de Jamie voit d’un mauvais oeil. Comment pourrait-il en être autrement ? Un peu bohème, indépendante mais véritablement rétro, Dorothea observe la libération de la femme et l’arrivée du punk avec attention mais sans les comprendre, élève son fils avec affection mais détachement. Dorothea est de ces personnages qui ne savent plus où ils en sont. Elle veut un homme dans la vie de Jamie mais confie son éducation à des femmes, voudrait trouver l’amour mais craint d’y perdre son indépendance. La vie dans toutes ses contradictions. Les plus beaux personnages n’en sont-ils pas remplis ?

(retrouvez l’intégralité de l’article dans Clap! #14, actuellement en kiosque)

Réalisé par Mike Mills. Avec Annette Bening, Greta Gerwig, Elle Fanning, Billy Crudup, Lucas Jade Zumann. USA. Genre : portraits de femmes, mais pas que. Durée : 1h58. Distributeur : Mars Films. Sortie le 1er Mars 2017.

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