Trois bonnes raisons de découvrir « 1:54 »

Auréolé de nombreux prix en festivals, le premier long métrage du québécois Yan England traite avec violence et réalisme du harcèlement scolaire. Un drame percutant et efficace qui vaut définitivement le coup d’œil et ce, même s’il divise au sein de la rédaction de Clap!.

Le pitch : À 16 ans, Tim (Antoine-Olivier Pilon) est un jeune homme timide, brillant et doté d’un talent sportif naturel. Mais la pression qu’il subit le poussera jusque dans ses derniers retranchements, là où les limites humaines atteignent le point de non-retour…

1. La course, mais pas que. Le synopsis, comme la bande annonce, se révèlent après visionnage être une jolie « escroquerie ». 1:54 traite en effet de compétitions sportives, mais pas seulement. Le fil conducteur du film est en réalité celui du cheminement difficile d’un adolescent en proie à du harcèlement scolaire, dû à sa « différence ». La compétition n’est donc plus seulement sportive, mais aussi sociale, et une façon pour Tim de se venger de l’oppression qu’il subit à l’école. Véritable bombe psychologique bien ancrée dans notre époque, 1:54 livre une vision réaliste et sans pitié du monde de l’adolescence et du milieu scolaire – avec ses bourreaux et ses victimes. Un film percutant, tristement actuel et nécessaire, qui n’est pas sans rappeler le clip controversé College Boy d’Indochine, réalisé par Xavier Dolan et mettant également en vedette le jeune Antoine-Olivier Pilon.

2. Une mise en scène efficace. L’intelligence subtile de la mise en scène est l’un des points forts du film. Yan England place en effet rapidement le spectateur dans la peau d’un véritable voyeur face aux brimades répétées et multiples tensions que subit Tim sur la piste de course ou au lycée. Et cela passe par des dialogues crus et violents, mais aussi par l’alternance de plans tantôt serrés sur les protagonistes, tantôt larges et en légère plongée. L’enceinte du lycée est d’autre part animalisée par les comportements brutaux de ses occupants. Exit l’esprit d’équipe et le respect, 1:54 se rapproche bien plus d’un combat de boxe que d’une course à pied. À l’image du cercle que forme la piste d’athlétisme, le film adopte également la forme d’une boucle infernale dont il semble difficile pour Tim de sortir.

3. De jeunes comédiens poignants. 1:54 réunit par ailleurs la crème des jeunes comédiens canadiens. À commencer par Antoine-Olivier Pilon, révélé dans Mommy (2014) de Xavier Dolan. En incarnant Tim, le jeune comédien de 19 ans confirme son talent et parvient à exprimer de façon juste et naturelle les aléas d’un adolescent en proie à la stigmatisation, la honte, la peur, le harcèlement et l’incapacité d’évoquer avec des adultes ce qu’il traverse. À ses côtés, la douce et prometteuse Sophie Nélisse (bientôt à l’affiche du réussi Mean Dreams) et Lou-Pascal Tremblay, qui fait ses premiers pas à l’écran, performent également avec brio. Un trio de jeunes pousses talentueux qui a su apporter la complexité et la justesse suffisantes à leurs personnages, et hypnotise sur la totalité du film.

Réalisé par Yan England. Avec Antoine-Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay… Canada. 1h46. Genre : Drame. Distributeur : ARP Sélection. Sortie le 15 mars 2017.

Crédits Photo : © D. R.

Camille Griner

Camille Griner

Réalisatrice l Scénariste l Directrice de casting l Rédactrice chez Boum! Bang! & Clap! Mag.

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